J'avais beaucoup entendu parler de ce compositeur. Maman fredonnait souvent les paroles de "Gastibelza", un texte de Victor Hugo :
"Le vent qui souffle sur la montagne me rendra fou..."
mis en musique disait-elle par son arrière-grand oncle. Or dans les années 50-60, c'était Georges Brassens qui interprétait cette mélodie sur une musique qui lui était attribuée. Aussi Geneviève, reprochait à ce dernier d'avoir emprunté sans vergogne la musique de notre aïeul. J'ai alors voulu en savoir plus car "fan" de l'ami Georges, ce reproche ne collait pas avec le profil du poète qu'était Brassens pour moi.
Pour retrouver la trace d'Hippolyte, j'ai d'abord consulté "Google" en 2003 et j'y ai trouvé une communication d'un groupe de chercheurs de l'université de Jussieu à Paris intitulée "Variation sur une guitare de Hugo...", un texte qui mentionnait à plusieurs reprises notre homme ! J'ai longtemps attendu une réponse de Jussieu. Plusieurs mois après, ce groupe en la personne d'Arnaud Laster m'a répondu. En voici la teneur : "Hippolyte Monpou a bien composé un "Gastibelza" sur la "Guitare" de Hugo, avant Litz et Brassens. Cette chanson obtint un grand succès au 19è siècle et lorsque j'ai présenté sur France-Culture les oeuvres de Litsz inspirées par Hugo, j'ai fait enregistrer le premier couplet de la chanson de Monpou. Il ne me semble pas que Brassens s'en soit inspiré mais il faudrait réecouter cet enregistrement et comparer les partitions. Monpou a mis en musique six autres poèmes de Hugo".Hippolyte Monpou, compositeur français, né à Paris le 12 juin 1804, mort à Orléans le 9 août 1841. Il entra d'abord comme enfant de chœur à l'église Saint Germain l'Auxerrois et suivit les cours de la Maitrise de Notre Dame sous ladirection de Desvignes. Il alla ensuite continuer ses études musicales à l'Ecole royale et spéciale de chant, que Choron venait de fonder et fut nommé à l'âge de 16 ans organiste de la Cathédrale de Tours où il resta deux ans. Choron le rappela alors à Paris pour lui confier les fonctions de professeur d'accompagnement dans son institution. Successivement organiste de Saint Thomas d'Aquin, de Saint Nicolas des Champs, de la Sorbonne, le jeune Hippolyte Monpou fit exécuter dans ces églises plusieurs messes de sa composition. Il n'étudiait guère à cette époque que les Maitres de musique sacrée, Palestrina, Clari, Carissimi, Haendel, et travaillait consciencieusement à se mettre au niveau d'une tâche pleine de grandeur et de sévérité. Tout à coup, la révolution de 1830 éclata. L'Eglise, qui avait adopté le jeune artiste et qui paraissait aussi se charger de le faire vivre, ne lui offrait plus de ressources. L'école de Choron qui en 1824 avait été transformée en Institution Royale de Musique classique et religieuse avait été fermée, et plusieurs artistes formés dans cette école avaient pris leur essor vers les différentes branches de l'art où ils allaient bientôt se faire une réputation. Monpou se décida bravement à abandonner la musique religieuse pour la musique profane. Désespéré de la messe et du psaume, il se jeta dans la romance, et entreprit de se distinguer par un style sérieux et tendre, par une coupe aventureuse, par des rythmes piquants, heurtés et nouveaux. C'est ainsi qu'il écrivit: l'Andalousie, Gastibelza, les deux Archers, les Resurectionnistes, le Voile bleu...
Mais il fallait que ses romances fussent chantées. Il trouva des artistes qui lui prétèrent eur voix, et ne s'en tint pas là... il chanta sur le Théatre de l'Odéon...dans la Salle Laffitte où il donna un concert entièrement composé de ses œuvres. Il puisait ses inspirations dans les poésies d'Alfred de Musset, de Victor Hugo, de Frédéric Soulié, auxquelles sa musique prêtait un nouveau charme. Il avait mis en musique jusqu'à un chapître des paroles d'un Croyant de l'abbé de La Mennais, jusqu'à la dernière scène d'Othello de Shakespeare, littéralement traduite par Alfred de Vigny. Plein de volonté et de persévérance, Monpou voulait prouver qu'il était capable d'écrire autre chose que des romances et forcer les barrières de la scène lyrique. Le théatre du Palais-Royal, nouvellement ouvert, offrait aux jeunes compositeurs les moyens de se faire connaitre. Adolphe Adam, Flotow, Pilatti et quelques autres travaillaient pour ce théatre, où l'auteur de cet article retrouva Monpou en 1833. Monpou fut chargé par les spirituels auteurs de la pièce de Vert-Vert, Mrs Deforges et de Leuven, d'écrire pour une autre pièce intitulée La Salamandre, plusieurs morceaux de musique qui furent chaleureusement applaudis.Peu de temps après, Frédéric Soulié lui confia le livret des ""Deux Reines, opéra-comique en un acte qui fut représenté en 1835. Ce coup d'essai du compositeur sur la scène de l'Opéra-Comique fut un coup de maître. "Adieu mon beau navire devint bientôt populaire... aux "Deux Reines" succèdérent "Le Luthier de Venise" et "Piquillo", paroles d'Alexandre Dumas, représenté en 1837. Vinrent ensuite "Perugina", "Le Planteur" , et "La chaste Suzanne" au Théatre de la Renaissance. Mais quoique Monpou eût répandu dans toutes ces productions une foule d'idées heureuses et qu'il y ait fait preuve d'un talent réel, il ne retrouva pas un succès égal à celui qu'avait obtenu son premier opéra des Deux Reines. Il était en train d'écrire la partition d'un nouvel ouvrage en trois actes, "La Reine Jeanne", lorsqu'il tomba gravement malade. On dit que la crainte de n'avoir pas terminé son travail dans le délai fixé entre lui et le Directeur de l'Opéra-Comique contribua beaucoup à aggraver cette affection, dont il était atteint depuis longtemps. Il partit pour la Touraine, comptant sur la salutaire influence de ce doux climat. Arrivé à Orléans, il se sentit hors d'état de continuer sa route, et se fit transporter dans une maison de campagne des environs (La Chapelle-Saint-Mesmin) chez un ami . Bientôt après il put revenir à Orléans pour être plus à portée des secours de la médecine; mais tous les efforts de la science furent impuissants, et il succomba dans cette ville, à l'âge de 37 ans. Sa femme qui l'accompagnait, fit transporter ses restes à Paris.Ses obsèques eurent lieu à Saint Roch le 14 août 1841; on y exécuta une messe dans laquelle M. Dietsh avait eu l'heureuse idée de faire entrer un motet composé sur des motifs des "Deux Reines" et de "La chaste Suzanne", et qui fut chanté par Duprez. La dépouille mortelle d'Hippolyte Monpou fut déposée au cimetière du Père Lachaise. Cet artiste, enlevé trop tôt à son art, n'avait écrit qu'un acte de son opéra de "La Reine Jeanne"; il laissa aussi en manuscrit plusieurs morceaux d'un autre opéra en trois actes, "Lambert Simnel" - les deux ouvrages, terminés par Adolphe Adam, ont plus tard été représentés.Sources : Extrait d'un article de la Gazette et Revue musicales de Paris)
Selon son acte de décès, il semble qu'il résidait à Paris au 8, rue Louvois (2è).
La tombe d'Hippolyte est toujours au Père Lachaise dans le carré des muiciens Une enigme persiste sur le patronyme Monpou ou Monpoux. Les biographes du compositeur parlent d'Hippolyte Monpou. Son acte de décès mentionne François Louis Monpoux d'où notre difficulté pour trouver l'acte à Orléans. Il faut encore souligner que l'acte de mariage d'une de ses soeurs Colombe Eugénie évoque son frère compositeur en tant que témoin sous l'identité François Hippolite. Et sur cet acte, l'épouse déclare qu'une erreur a été faite sur l'acte de décès de son père et que leur patronyme est bien Monpoux (avec un x). La tradition familiale a, elle, entérinée Monpou (sans x) !
Bibliographie : autres articles trouvés dans.....
-"Dictionnaire biographique des musiciens" collection Bouquins, chez Robert Laffont - 1995, 2ème tôme p. 2825-2826
-Larousse "Grand dictionnaire universel du XIX ème siècle"-1982- Tôme XI