jeudi 12 mars 2009

Une mine à "fonds ouverts".....les testaments

L'objet de ma précédente chronique était de vous présenter un testament, un de ces documents qui avec les contrats de mariage, les donations, le cadastre et plus tard les recensements, listes électorales, etc... nous en apprennent beaucoup plus sur nos familles que les seuls actes d'état-civil. J'ai choisi le deuxième testament de Jean Bolloud de Murianne qui teste en 1721 à Vizille, bourg proche de Vaulnaveys-le-Bas, fief de la famille Boulloud où Jean-Pierre compte encore de nombreux cousins familiers ou plus éloignés. C'est un exemple mais très représentatif de l'époque.
J'ai conservé l'orthographe de l'époque et les expressions dans ma transcription qui accompagne les clichés que vous pourrez lire vous-même en cliquant sur la photo.Une transcription qui page après page s'accompagne de quelques commentaires ou explications......

Page 1 :
1. Au nom de Dieu soit que le dix neuvième feuvrier
2. après midy mille sept cent vingt et un avec pardevant le notaire
3. royal au bourg de Vizille et témoins soussignés fut présent
4. Sieur Jean Bolloud Murianne Bourgeois de Vaulnaveys

Page 2 :
1. le Bas lequel degré étant Dieu grâce en parfaite
2. santé tant de sa personne que de ses sens mémoire et
3. entendement ainsi qu'il est apparu aux dits notaire et témoins
4. et néanmoins craignant d'être surpris par la mort à
5. cause de l'incertitude de son heure et voulant prévenir
6. tous procès et différents entre les siens au subjet des
7. biens qu'il a pleu à la divine Providence lui départir
8. en cette vie. Il en a disposé par les présents testaments
9. nuncupatif de la manière que s'ensuit. Premierement
10. apres s’etre muny du signe de la Ste Croix et avoir fait
11. les prieres et invocations que tout bon chretien est
12. en coutume de faire en pareille rencontre. Il a
13. choysi la sepulture de son corps dans leglise parroissiale
14. dudit Vaulnaveys en la tumbe de sesdits predecesseurs , et
15. remis ses obseques et funérailles à la discression de
16. son héritier ci-après institué espérant qu'il s'en
17. acquittera honorablement et ainsy qu'il est de coutume
18. dans la ditte parroisse pour les chefs de famille de
19. sa condition donne et legue a laditte eglise parroissiale
20. la somme de trente livres et a la chapelle des penitents
21. erigée en icelle , celle de trois livres le tout payable
22. une année apres son decedz pour etre lesdittes sommes
23. employées en ornement desdittes eglise et chapelle
24. Donne et legue aux pauvres dudit Vaulnaveys deux
25. sextiers seigle pour leur etre distribué le jour de son
26. enterrement, Donne et legue par droit d’institution
27. particuliere et hereditaire a Jean Joseph, Pierre, André
28. Justine, Magdeleine et Therese Bolloud ses enfants
29. du second lict au chacun la somme de trois centz livres
30. a eux payables lors qu’ils auront atteint l’age de
31. vingt cinq ans ou qu’ils trouveront leurs partyes en
32. mariage et jusques a ce veut qu’ils soient nourris et
33. entretenus par sondit heritier en travaillant de leur

Notes : - dans tout testament de cette époque, la référence à Dieu est très, très forte. La prière est aussi très présente avec le désir d'être enterré en l'église paroissiale. Cette dernière disposition est, en général, le signe d'une famille d'un certain rang qui pouvait bénéficier de cet avantage. Plus tard, tout le monde alla au cimetière, en général autour de l'église. Pour ce faire, il était de coutume de verser à l'église une certaine somme d'argent et aux pauvres des vivres à distribuer le jour de l'enterrement.
- Testament nuncupatif : se dit d'un testament fait à haute voix devant témoins.
- Sextier = sestier : mesure de grains.
- quand il teste Jean a huit enfants vivants issus de deux unions. En 1721, les enfants du second lit sont tous mineurs et non mariés. Il leur lègue une certaine somme qui ne sera leur que lorsqu'ils seront majeurs ou qu'ils se marieront (en quelque sorte leur dot). dans l'immédiat, ils restent à la charge de celui qui sera nommé héritier qui devra les nourrir et les entretenir mais pour lequel, en échange, ils devront travailler.

Page 3 :
1. pouvoir au proffit d’icelluy. Et a l’egard
2. de Joseph et Marguerite Bolloud
3. ses autres enfants du premier
4. lict lesquels son mariés il veut et entend quils
5. soient contents de ce qu’il leur a donné en leurs
6. contract de mariage les instituant en ce ses heritiers
7. particuliers / Donne et legue a demoyselle
8. Justine Galland sa tres chere epouze une pension
9. annuelle et viagere de cinq sextriers froment cinq
10. charges de vin huit pots huille de noix dix livres
11. beurre quarante livres fromage vingt livres sel
12. et trente livres argent ensemble son habitation
13. dans l’une des chambres de sa maison avec l’usage
14. des meubles a elle nécéssaire suivant quils seront
15. réglés par deux des plus proches parents lesquels
16. meubles après son décès seront repris par sondit
17. héritier en l'état qu'ils se trouveront. Laquelle susdite
18. pension tiendra lieu à la dite demoiselle Galland des
19. intherets de tous les droits qu'elle pourrait avoir et
20. prétendre sur les biens dudit testateur. Et finalement
21. donne et lègue à tous ses autres parents et
22. prétendants droit en son hérédité au chacun la
23. somme de cinq sols a eux payables dès qu'ils auront
24. fait apparoir de leurdits droit moyennant quoy
25. les exclud prive et dejette aussi bien que tous les
26. autres legataires sy dessus de ses autres biens au
27. residu desquels tant meubles qu'immeubles noms
28. droitz actions et pretentions au quoy que le tout
29. consiste ou puisse consister de present et a l’advenir
30. Il a fait institué et nommé de sa propre bouche
31. son héritier universel Jean Baptiste Boulloud,
32. son autre fils du premier lit par lequel il veut
33. et ordonne ses debtes et legats etre payés et auquelles
34. sans difficultés ny proces declarant que le present
35. est son dernier et valable testament qu’il veut valoir

Notes : - Deux des enfants du premier lit encore vivants sont mariés. Ils devront se contenter de ce qu'ils ont reçu à l'heure de leur mariage dans un contrat de mariage passé en bonne et due forme devant notaire. L'épouse reçoit une rente viagère sous forme de vivres plus une partie de l'habitation qu'elle partagera avec l'héritier jusqu'à sa mort.
- Il institue Jean Baptiste, autre fils du premier lit comme son héritier qui devra régler dettes et legs définis par son père. Un changement par rapport au précédent testament daté de 1716 où l'héritier était un fils du second lit. Que s'est-il passé entre ses dates. Pour l'instant mystère ! Pourquoi le plus jeune aviat-il été désigné ? pourquoi, ensuite, ce fut un aîné qui prend l'avantage ? et pourquoi ne l'avait-il pas eu au premier chef ? tout cela reste en point d'interrogation. Il y a, à l'évidence, un souci dans la famille.....
- Legs = don(s) fait(s) par le défunt et payable(s) par l'héritier.

Page 4 :
1. par droit de testament si faire se peut, sinon par
2. droit de codicille donnation a cause de mort ou de
3. toutte autre manière que mieux il pourra valloir
4. nonobstant le testament par luy cy devant fait en
5. faveur dudit Jean Joseph BOLLOUD son fils du second lit
6. receu par le notaire soubsigné le troisieme juin mil sept
7. cent seize, et tous autres testaments, codicilles donnations
8. a cause de mort et autres dispositions de derniere volonté
9. qu’il pourroit avoir cy devant faites dont il n’est
10. memoratif, le tout quoy il casse revoque et annulle
11. par le present, voulant au surplus que tous les autres
12. testaments et autres dispositions de derniere volonte qu’il
13. pourroit faire dans la suitte a la presente contraires
14. soient nulles et de nul effet et regardées comme suggerees
15. d’une volonté genée si ces mos ny sont expressement
16. rapellés Saint Jean mon patron de qui jay
17. lhonneur de porter le nom pries Dieu
18. pour moy qu’il me fasse misericorde
, priant
19. et requérant ledit testateur les temoins cy apres qu’il
20. a tous bien connus et appellés par noms et surnoms
21. de vouloir conserver mémoire de sa presente disposition
22. pour en pouvoir porter temoignage en jugement et
23. dehors quand ils en seront requis et moy notaire luy en
24. octroyer acte ce que j’ay fait, leu publié et
25. recité audit lieu de Vizille dans mon etude en
26. presence de sieur Jean Baptiste Chaullet de la
27. ville de Romans, habitant presentement en ce
28. lieu, de Pierre Pillon M° chirurgien juré
29. dudit Vizille, de Messire Etiene Pillon son fils clerc
30. tonsuré de ce dioceze, de Claue Martin a feu
31. Cosme, journallier dudit lieu, de Joseph Simonet
32. peigneur de chanvre du meme lieu, d’Etienne Finet

Note : Jean casse donc son premier testament et demande à ses témoins d'être très vigilants. Il ne devrait pas en faire d'autres et si il y en a, c'est qu'il aura été fait alors qu'il n'était plus en état de tester à moins qu'il ne soit mentionné la phrase (en gras) invoquant son saint patron! Jean est quelqu'un de prudent !

Page 6 :
1. journallier aussy du lieu et de Sr Etienne
2. Martinet marchand de Vaulnaveys temoins
3. requis lesdits Sr Chaullet, Pillon père
4. et fils et Etienne Martinet signés
5. avec le testateur non les autres pour ne scavoir
6. enquis et requis lequel testateur a declaré que la
7. valleur de son heredite compris les legats cy-dessus
8. ne peut exceder la somme de cinq livres
9. scavoir de celle qui est au-dessus de la cuisine où
10. il y a une cheminée

Notes : la fin est un peu en forme d'énigme ! Si le notaire n'a pas fait d'erreur, l'on comprend que l'héritier n'a que cinq livres pour lui une fois dispositions, dettes et legs réglés. Pourquoi cette punition ? A suivre.....

Généapassion d'hier à aujourd'hui

Le premier chapitre est commun à toutes générations ! la rencontre avec le monde des archives..... mais une fois épuisées les archives ordinaires du lieu et de l'époque... je veux dire les registres paroissiaux (avant révolution) et l'état-civil (ensuite) vous avez dressé un arbre mais il est bien sec ! connaître naissance, mariage éventuel et décès, c'est certes incontournable mais insuffisant. Que savons-nous alors de nos aïeux ? Les plus chanceux auront exhumé des tiroirs ou des cartons, documents, titres de proriétés, ou lettres religieusement transmises de génération en génération...... peut-être encore profité du travail effectué par des proches atteints, eux aussi, en leur temps par le virus. Je rends hommage dans ma famille à Jenny Rabillon, Gaston de Caqueray, Henri de Sallier Dupin, Jacques Decq ou Paul Thorel. Un travail que l'on reprend et que l'on enrichit en amont comme en aval. La généalogie d'une famille n'est jamais terminée. Cela peut paraître décourageant... pas du tout ! c'est, bien au contraire, passionnant car de nouvelles découvertes sont à tous les coins de "registres". Je veux parler, par exemple, de la richesse des testaments, des listes electorales , des recensements, etc. Evidemment, on n'y trouve pas là la réponse à toute interrogation. Si les testaments peuvent être très anciens et précieux, d'autres archives se sont crées au cours des siècles. A partir du 19è siècle, le recensement est un outil précieux permettant d'identifier les membres d'une famille. Ils m'ont bien aidée, par exemple, à reconstituer une partie de la branche maternelle et nantaise de Baptiste et Emilie. Les listes électorales apportent, elle encore, leur lot d'infos à condition d'être un homme avant 1945 ! et bien d'autres archives encore !....

D'aucuns pensent aujourd'hui qu'avec un certain nombre d'archives numérisées, tout est simple ! quelques clics encore et la famille est dans la poche..... Nenni ! la généalogie c'est encore aujourdh'ui, visionner des pages et des pages, des jours et des jours, pour arriver à trouver l'acte mal écrit ou à moitié effacé ! c'est aussi se heurter aux lacunes qui enlèvent tout espoir , passer des heures devant son ordinateur, un métier manuel en quelque sorte. Bon, alors me direz-vous, pourquoi s'entêter à remonter le temps..... tout simplement parce que la recherche de l'histoire d'une famille est passionnante. A coté de ce travail un peu obscur de déchiffrage, il y a souvent la réponse à des tas de questions laissées en suspens ou la satisfaction d'avoir réussi à découvrir des ancêtres encore plus lointains que ceux qui nous étaient familiers. C'est le bonheur !

Je souhaite évidemment partager cette passion avec le plus grand nombre. Parmi les plus jeunes, quelques-uns ont pris le bâton du pélerin tel Bertrand Thorel représentant de la branche rouennaise de cette famille ou encore Catherine Mouttou-Drouïn pour la famille Aulanier et au delà les liens vers les Noury, branche emblématique et prolifique de Châteaugiron près de Rennes.

D'aucuns pensent que le travail de recherche aujourd'hui est plus simple qu'hier. Je ne le pense pas. Il est seulement différent. Jusque dans les annéees 1960, on pouvait rechercher de l'aide auprès de l'archiviste local. Les demandes étaient peu nombreuses. La société évoluant, le désir est venu à beaucoup de retrouver leurs origines. Les archivistes ne répondent plus aux demandes que de façon très restrictive. Se déplacer vers le lieu de recherche reste toujours un moyen pratiqué profitant de vacances, par exemple. L'informatique et petit à petit la numérisation des archives, leur mise en ligne (encore bien incomplète) a, évidemment modifié la donne ! mais une recherche serait restée bien difficile sans le mouvement d'entraide qui s'est alors développé avec des bénévoles enthousiastes ne ménageant ni leur temps, ni leur peine. Certains deviendront des amis. C'est ainsi que j'entretiens des relations amicales avec l'Isère (Boulloud), les Hautes-Pyrénnées (Dulac), la Normandie (Thorel) ou encore le Vaucluse (Rabillon). Une liste non exhaustive. Au gré des échanges, il arrive aussi que vous y retrouviez des cousins ignorés jusque-là ou seulement perdus de vue.
Ombre au tableau..... se sont installées parallèlement sur le Net des officines commerciales à fuir absolument. De petits malins collectent, par exemple, les faire-part de décès, une mine d'infos au 19è et début 20è siècle. Ce n'est qu'une des dérives observées. Il faut savoir "raison garder", privilégier les échanges en famille ou avec les "Entraides", se servir si elles existent des Archives "en ligne", toujours vérifier ses sources car il arrive que certains assoiffés d'aïeux construisent leur arbre en "piquant" à droite et à gauche sans aucun complexe.
Et si la méthode a parfois changé
Rigueur et authentification reste les clés du travail
bien fait aujourd'hui comme celui d'hier.