J'ai toujours été surprise de trouver dans "nos familles" entre 1600 et 1800 autant de personnes dites "Maître chirurgien ou chirurgien" si bien que j'ai un peu travaillé la question. Difficile de discerner leur statut à travers les actes trouvés aux archives, le terme utilisé est bien vague ! La plupart du temps, je connais peu leur histoire à l'exception de trois d'entre eux : André PHILIPPES qui sera assassiné en 1653 à Châteaugiron (Branche Noury)... André GUINOLAS qui tout officier de santé qu'il était et une belle signature, preuve d'une certaine culture pour l'époque , mourut indigent (Branche Dulac) et Joseph François DESCHAMPS, frère de mon aïeul Noël Marin Deschamps qui, après avoir acquis la Rivière, sera autorisé à l'ajouter à son patronyme. J'ajoute tout de même queJoseph François Deschamps fut chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité (Branche Deschamps la Rivière). Pour l'anecdote, c'est lui qui autopsia le corps de Marat. Je vous en reparlerai...
Curieusement je me dois d'aborder le sujet en évoquant sous
l’Ancien Régime, le terme de "barbier" ! Hé oui, car alors on désignait sous ce terme trois métiers
différents : le barbier et le barbier-perruquier, ancêtres des coiffeurs
actuels, et le chirurgien-barbier, en charge de la petite chirurgie.
Les frontières resteront bien longtemps mouvantes entre ces professions puis progressivement vont se distinguer.Jusqu’en 1714, les barbiers et les chirurgiens sont considérés, en tant que manipulateurs de
rasoirs et lancettes, comme faisant partie d’une seule et même
profession !... Contrairement aux médecins qui vont à l’université, lisent
des livres scientifiques et appartiennent aux arts libéraux, les
barbiers-chirurgiens et chirurgiens, jusqu’à leur séparation en 1691,
sont des artisans qui n’ont pas suivi d’études ni appris le latin et qui
ne font que manier le rasoir et traiter des maladies externes.Les chirurgiens-barbiers ont pour fonction de raser, saigner, purger et
soigner les petits maux quotidiens. Pour entrer dans leur communauté de
métier, il faut suivre un apprentissage et accomplir un chef-d’oeuvre ?????
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Peu à peu la chirurgie s’émancipe. Dès la fin du XIIIème siècle, dans la capitale, certains chirurgiens
laissent la "barberie" aux simples barbiers, qui se cantonnent à
l’entretien de la barbe, pour ne conserver que la partie chirurgicale de
leur travail. Ils se regroupent alors en confrérie, enfilent la robe longue
et le bonnet carré, jusqu'alors réservés aux médecins.
Les
premières facultés de médecine sont crées comme à
Montpellier en 1340... des personnages comme Nostradamus ou François Rabelais la fréquenteront. De son coté en
1554, la faculté de Paris coiffe Ambroise Paré du bonnet de docteur en
chirurgie, toujours considéré comme l'un des fondateurs de la chirurgie
moderne.C’est le début d’un
long conflit entre médecins et chirurgiens, jusqu’à la Révolution qui abolit la
séparation entre les deux professions.
De leur coté, par un édit royal de 1691, les chirurgiens obtiennent leur séparation
d’avec les barbiers-perruquiers. Les chirurgiens ne peuvent plus avoir
de boutique ni pratiquer la "barberie". Cette première reconnaissance de
la spécificité de leur métier se poursuit dans la première moitié du
18è siècle, avec notamment la création de l’Académie royale de
chirurgie et la maîtrise obligatoire pour les futurs maîtres en
chirurgie. Il s'agit d'un édit de 1708 qui crée un corps permanent d'officiers
de santé. Des praticiens plus spécialisés mais en 1780 à la veille de la Révolution..... les chirurgiens constituent un corps encore
bien disparate et peu sont passés maîtres. Une minorité d’entre-eux,
implantée en ville, présente une culture, un savoir et des tarifs
comparables à ceux des médecins.

Mais... à la campagne, la majorité des chirurgiens
"restent de légère expérience". Les pauvres des villes et des campagnes ont alors recours à d'innombrables
praticiens sans instruction. Faute de médecin, on s'estimait heureux de trouver un
chirurgien. Ses études avaient été plus courtes, donc moins coûteuses. Il
pouvait pratiquer des interventions sur le corps des patients et il était moins
exigeant pour ses honoraires que le médecin. Ils sont proches de leurs clients par le langage
(souvent, ils connaissent le patois), leur tenue et
leurs moeurs. Mais leurs
compétences se résument essentiellement à la lancette (petit instrument à
lame plate utilisé pour la saignée et les petites incisions) et au
clystère (lavement).
La très inégale valeur du diplôme de médecin
et la patiente progression de la profession de chirurgien aboutirent à la délivrance,
à partir de 1727, à Montpellier, d'un diplôme de docteur en médecine et
chirurgie, et à la fondation, en 1731 par Louis XV, de l'Académie de
chirurgie ...
Mais toujours seules les grandes villes offrent des communautés
de chirurgiens suffisamment importantes pour fournir des maîtres
capables d’assurer la formation pratique des apprentis.Puis, il y eut la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 et la
loi du 15 septembre 1793 supprimant toute école de médecine remettant tout en question !.
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L'Histoire avance et une convention nationale, par décret du 14 frimaire an III (04.12.1794), organise le recrutement d'officiers de santé pour le service des hôpitaux et spécialement
pour le service des hôpitaux militaires et de la marine. C'est seulement le 19 ventôse an XI (10.03.1803) que
Bonaparte décrète l'existence d'officiers de santé civils, praticiens de formation
simplifiée et d'activité chirurgicale limitée
Désormais, la loi "permettait à tout
citoyen d'exercer la médecine et la chirurgie" sans qu'aucun jury de
personnalités compétentes ne puisse évaluer les connaissances de la personne prétendant
exercer cet art. De plus, la suppression des collèges enseignants et des facultés
faisait disparaître tout enseignement. Les médecins exercent en ville en toute indépendance et sans aucun contrôle.C'est alors que les hôpitaux prennent la relève et petit à petit instaurent externat et internat. Les étudiants en
médecine commencent alors à négliger les examens de la faculté pour se
consacrer à la préparation de ces concours, synonymes d’élite et de
qualité de la formation, préparant à la médecine clinique à l'hôpital. À cette époque, l'hôpital devient prépondérant en termes de prestige
sur la faculté de médecine ! La réforme hospitalière du 30 décembre 1958 fusionne la fonction d'enseignement universitaire et hospitalière pour accéder à la médecine que l'on connaît. Je m'arrêterai là !