François Marie Debout appartenait à une famille de notaires et de commerçants de Pontivy dans le Morbihan. Il perdit son père de très bonne heure (il n'avait pas sept ans) et vint à Rennes pour y apprendre le commerce. Il semble ensuite être revenu à Pontivy peut-être pour y reprendre des affaires familiales avant d'épouser en 1775 à Châteaugiron Angélique Renée Cécile Noury. Les familles se connaissaient-elles ? a ce sujet les archives familiales sont muettes.
Ce que nous connaissons beaucoup mieux est l'ascendance d'Angélique dite alors Demoiselle de Villethébert, un titre qui n'est pas une marque de noblesse, seulement une coutume dans les familles bourgeoises de donner à leurs enfants le nom d'une terre leur appartenant. On trouve d'ailleurs mention d'un lieu-dit "Villethébert" qui relevait de la seigneurie de Châteaugiron. Et nous savons que depuis le 16è siècle jusqu'au début du 19è la famille Noury avait pignon sur rue en cette commune proche de Rennes, Une grande et nombreuse famille... Angélique était la cinquième d'une famille de 17 enfants, fille de Jean-Marie dit Notaire, Procureur de la baronnie de Châteaugiron et autres, Juge de Paix 1789. Je reviendrai sur l'histoire de cet ancêtre dont la descendance, vous vous en doutez est nombreuse !!!!!
Angélique Rénée Cécile Noury épouse le 14 février 1775 à Châteaugiron François-Marie Debout. La bénédiction nuptiale leur fut donnée par Frère René Chauvière, religieux dominicain, cousin germain de la jeune épouse. François-Marie et Angélique eurent six enfants. C'est d'eux que descendent les familles Rabillon , de Sallier Dupin , Le Roux, de Boynes et leur descendance......
Après leur mariage, François-Marie et Angélique s'installèrent à Pontivy puis revinrent à Rennes. Francois-Marie fonda un commerce très florissant, se lançant en même temps dans le bâtiment ce qui n'était pas sa spécialité. Parmi ses réalisations figure la construction à Rennes des maisons de la rue Bertrand, de la percée du Mail et la Butte du Champ de Mars. Pour ce dernier chantier, des remerciements officiels lui furent votés, ces travaux ayant été faits en période de grand chômage.
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"Le Corps de François Marie Debout natif de Pontivy paroisse Notre Dame, baptisé le 26 août 1748 est décédé dhier rue de la pesée, a été porté au dépôt commun ce jour vingt cinq janvier 1791 en présence de pierre (illisible) et mathurin balavoin qui ne signent"J'ai été choquée... de constater qu'il n'est nullement question d'inhumation. On évoque seulement un dépôt commun. La Révolution est passée par là !... Il semble qu'alors les défunts étaient portés en un lieu où le corps était déposé sans plus de cérémonie dans une fosse commune. L'un de nos aïeux a donc été mis en terre en un lieu resté anonyme et inconnu des archives familiales. Honte et tristesse !
Toutefois, en dépit des soubresauts de cette époque troublée, la vie continue ! Angélique, désormais seule avec quatre enfants, se retrouve chargée d'un commerce en décadence et des débris d'une fortune ruinée.
La vie ne fut pas facile,nous sommes en 1792 ! à plusieurs reprises, la famille se trouva en danger..... La fille aînée d'Angélique, Rose Marie (notre aïeule qui épousera Etienne Vital Rabillon en 1804) n'a que seize ans ! Un jour, des officiers municipaux entrèrent dans le magasin imposant le prix des articles à la vente, 4 francs par ex. pour un drap ayant coûté 10 francs à la fabrique, etc. Pendant que l'un d'eux était fort occupé à sa besogne, Rose Marie tira sur l'échelle..... L'homme faillit tomber "Tu es bien heureuse d'être si jeune, dit Leperdit, Maire de la Ville, qui était présent, sans cela citoyenne, tu passerais devant le Tribunal Révolutionnaire !" Le lendemain, tous les rayons du magasin d'Angélique étaient vidés. "Comme on vend, comme on vend..." s'étonnait la plus jeune des filles Angélique qui avait alors 12 ans. "Oui, ma chère, lui répondit Rose Marie, on vend de façon à se ruiner pour peu que cela continue !" Rose Marie privée de son père et par suite de la surdité de sa mère, fut petit à petit chargée de toutes les affaires commerciales en même temps que de l'éducation de ses frères et de sa soeur.
Pour l'anecdote, vingt ans plus tard Rose-Marie, devenue l'épouse d'Etienne Vital Rabillon, recevra la visite d'un prêtre qui lui remit trois francs de la part d'une pauvre femme qui avait acheté un tablier dans les conditions citées ci-dessus. Elle reconnaissait devoir davantage mais n'avait que cela à offrir. Rose-Marie la tint quitte de grand coeur et dit au prêtre de garder cette petite somme pour sa pénitente. Ce fut la seule restitution à notre connaissance !.....
La famille, après avoir connu l'opulence, connaissait désormais la pauvreté mais ils étaient tous restés généreux parce qu'Angélique et ses enfants comprenait bien la souffrance et la misère qui régnait en ces temps troublés. Plusieurs témoignages en font foi....
Comme ses frères et soeurs, François Debout (le second des six enfants d'Angélique) connut une enfance difficile. En dépit de leur propre peur et souffrances, les uns et les autres firent souvent preuve de générosité. Tout enfant, François emporta un paquet de vêtements pour un émigré qu'il avait trouvé grelottant de froid. Une autre jour, il bourra ses poches de pain et s'enfuit en disant qu'il allait manger en jouant. On ne sut que plus tard qu'il avait rencontré dans un champ de blé un homme décharné qui lui avait dit "Mon petit ami, vous avez l'air d'un bon petit, je n'ai pas mangé depuis plusieurs jours et je meurs de faim. Je ne puis me découvrir sans me faire tuer. Pourriez-vous me donner un morceau de pain." Mon oncle Henri de Sallier disait ignorer où et quand était mort François. Notre grande tante Jenny Rabillon, elle, dit qu'il serait décédé à 6 ans ! je n'en sais pas davantage, mes recherches entre 1802 et 1812 sont restées vaines à Rennes et environ !.
Angélique arrivait en troisième puis à nouveau un garçon François Marie. Son enfance se passa, elle encore, durant la Révolution ce qui veut dire une éducation fort négligée, la tourmente ayant tout emporté. Pour avoir du pain, il ne suffisait pas de pouvoir le payer... on l'envoyait des jours et quelquefois des nuits à la porte des boulangers pour y garder le tour de la famille. Quand il n'était pas astreint à cette besogne, profitant de la licence du temps qui influençait les enfants, il s'échappait et se rendait au Club où ses camarades et lui prenaient un malin plaisir à tirer sur les lacets des "tricoteuses". Plus tard, il racontait cet échange entendu un de ces jours-là..."Citoyen président, je demande la parole - Citoyen, tu la za eue, tu ne la zauras plus !". Les temps devinrent meilleurs et François avait seize ans quand son oncle Gabriel Noury, ordonnateur de l'Armée du Rhin, voulut en faire son secrétaire. Plus tard, il entra à Livourne dans une maison de commerce appartenant à un M. Ternaux, inventeur du cachemire français, l'un des plus gros commerçants de France. Il y resta jusqu'à 26 ans. Puis quittant l'Italie, il revint à Rennes, prit la suite des affaires de sa mère et se maria. Suivaient deux autres garçons, le premier né 1786 serait mort à 16 ans au Surinam ??? selon Jenny Rabillon. Je ne confirme pas ! Le dernier né en 1788 est décédé à Rennes en 1791.
En mars 1804, juste après le mariage de sa fille, Angélique alors âgé de 51 ans est encore citée comme négociante demeurant rue de l'Horloge à Rennes. Puis entre 1809 et 1815, elle est citée comme habitant Châteaugiron, maison du château. Sa situation s'était sans doute améliorée ou avait-elle reçu quelque héritage de ses parents ou belle-famille Quoiqu'il en soit, je possède un acte notarial qui stipule que le 16 juillet 1813, Angélique achète le Pré de la Clarelais sur la commune d'Amanlis contenant 97 ares faisant 60 cordes de terre etc. Angélique Noury, veuve Debout demeure toujours à Rennes, rue de l'Horloge mais réside parfois à Châteaugiron chez Françoise Noury, veuve de Lourmel, sa soeur.
Enfin en 1821, elle est dite habitant ordinairement Rennes et "présentement" sa "retenue" de Courpéans en Veneffles. La retenue pourrait être cette pièce avec cabinet d'aisance qui est déclarée dans les baux concernant la ferme des Courpéans comme réservée au "bailleur". J'ai bien connu cette ferme située à Venéfles, commune jouxtant Châteaugiron reçue en héritage par mon père Yves Rabillon et vendue par la suite.
Malgré les épreuves, Angélique tenait beaucoup à sa toilette. Tous ceux qui l'ont connue dans ses dernières années se rappellent l'avoir vue avec des plissés de soie gris clair garnis de bleu et de belles dentelles de Malines. C'est qu'elle avait été fort jolie et qu'elle s'en souvenait. Angélique décède en 1825 des suites d'un accident (nous n'en connaissons pas la cause ni la nature) qui lui fractura le col du fémur. Un diagnostic qui, il y a encore peu d'années, était pessimiste. Angélique n'y échappa pas après avoir traversé bien des embûches avec beaucoup de courage aidée en cela par Rose Marie.





