"A la chaire d'Histoire, le jury donna comme titulaire Etienne-Vital Rabillon, sergent au 2é bataillon de la 142è demi-brigade... Ce ne fut pas l'un des moindres mérites du jury de découvrir ce laborieux jeune homme de 29 ans dont la carrière universitaire devait être particulièrement brillante puisqu'on le rencontre en 1811 comme professeur à la Faculté des lettres de Rennes....."
Cela nécessite un petit retour en arrière ! (cf. le post édité le 28/01/2008 sous le titre "Etienne Vital Rabillon, une histoire étonnante"). En voici un court résumé...
Né à Piolenc (84) en 1769, il fait de brillantes études chez les Oratoriens d'Avignon. Ses classes terminées, il lui faut choisir une carrière. Ses parents voulaient faire de lui un médecin. Il suit quelque temps les cours de la Faculté (Aix sans doute) mais à la première dissection, il renonçe !... A 18 ans, Vital quitte sa famille... sans doute à la suite d'une violente dispute avec son père ayant trait à son refus de faire médecine. Un ami l'engage à s'embarquer avec lui à Marseille sur le navire dont son père avait le commandement. Par suite d'un malentendu, le projet échoua... quand Vital arrive, le navire venait de partir ! Il travailla alors dans l'imprimerie et ce, dans plusieurs grandes villes du Midi... Il était à Bordeaux lorsque éclate la Révolution et la levée de 1793. C'est là qu'il s'engage dans les armées de la République. D'ailleurs avait-il le choix ? Son régiment est dirigé vers la Vendée ! Il fera donc la terrible guerre dont il gardera un affreux souvenir. Les scènes sanglantes auxquelles il se trouva mêlé lui inspirèrent une profonde horreur pour la Révolution. Puis son régiment passa en Bretagne et occupa Rennes fin 1793, début 94. Après le 9 thermidor, l'adoucissement relatif de la Convention permit de s'occuper à nouveau de choses anéanties par la Révolution. On ouvre à Rennes une bibliothèque...composée du fonds confisqué de la bibliothèque des avocats au Parlement de Rennes auquel on ajouta les ouvrages ramassés dans les pillages des châteaux, les biens des émigrés ou autres... Dans cette nouvelle bibliothèque, Vital prenait ses moments de loisirs. Le principal responsable, un certain Mainguy, ancien abbé et ancien professeur au Collège Royal remarqua ce sergent qui passait de longues heures à lire dans le texte grec, Homère, Platon, Hérodote, etc. Survint alors la paix de Bâle (1795) qui permit de renvoyer une partie de l'armée. On lui proposa de concourir pour une chaire d'Histoire qui venait d'être fondée à l'Ecole Centrale. Cet acte décida de sa destinée et le fixa pour toujours à Rennes où il épousa en une jeune Rennaise en 1804.
Et
c'est là que se greffe le document de la bibliothèque généalogique2.....
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| Auteur : Pierre Ricordel |
Enfin le 3 brumaire IV (25/10/1795), l'Assemblée promulgua la loi établissant une "Ecole Centrale" dans chaque chef-lieu de département. Etienne Vital fut chargé de la chaire d'Histoire et entrait ainsi dans la carrière. Le jury fut encore heureux de retrouver le concours de quelques professeurs laïcs de l'ancien collège qui avaient du cesser leur enseignement sous la Terreur. Ce fut l'exemple du célèbre jurisconsulte Lanjuinais qui avait échappé à la guillotine.
La situation matérielle de ces valeureux professeurs n'eut toutefois rien de bien enviable : très mal payés, parfois logés dans des bâtiments délabrés...Seuls les honneurs leur étaient offerts: premières places dans les fêtes et dispense du service de la garde nationale !
Mais la médaille a son revers. Une grande partie de la population rennaise, restée farouchement hostile au nouveau régime, avait vu d'un très mauvais oeil I'installation à Rennes d'un établissement lié à la Révolution. Secondée par le clergé, qui voyait dans l'Ecole centrale une œuvre essentiellement laïque et anticléricale, elle ne ménagea pas ses attaques et les professeurs, au début surtout eurent beaucoup à souffrir de cette sourde hostilité. Ils durent sans cesse lutter contre leurs détracteurs et le ministre de l’intérieur dans une circulaire du 06/09/1797 écrit : « On s’est attaché dans le premier moment à combattre les écoles centrales avant de constater ce qu’elles pouvaient faire. On doit savoir gré aux professeurs de n’avoir ralenti leur zèle, ni par le défaut des moyens qui a trop souvent arriéré leus faibles traitements… »
Entre
tous...
les professeurs de l’Ecole Centrale de Rennes2
dont Etienne Vital Rabillon
méritaient cet éloge !
J'ajoute que, si je connaissais son parcours d'enseignant, j'ignorais qu'il avait enseigné dans les bâtiments qui sont toujours ceux d'un Lycée et devant lesquels il m'est arrivé bien souvent de passer. De l'autre coté de la Vilaine était toute proche la Faculté des Sciences que j'ai fréquenté.
1- "Le Collège de Rennes depuis le départ des Jésuites, et 1'Ecole centrale d'Ille-et-Vilaine" (1762-1803) de Pierre Ricordel.
2 - En 1802, le Lycée remplacera l'Ecole centrale et les premiers lycéens feront leur rentrée en 1803.

