Notre cousin Jean-Pierre Guérin * m'a envoyé, il y a quelque semaines, la photo d'une carte écrite par Clément Tilmont (1896- ?). Il s'agit d'une carte adressée à sa mère pour lui souhaiter une bonne année.Mais..... nous sommes en janvier 1941 et Clément a été fait prisonnier. C'est donc d'Allemagne qu'il écrit et que dit-il ?
Je ne voudrais pas laisser passer l'année 40 sans t'envoyer mes meilleurs voeux de bonne année, surtout une meilleure année et une bonne santé.Tu ne vas pas être surprise de l'endroit d'où vient cette carte. L'implacable destin aura voulu que je fasse toute la guerre de 14-18 et que je sois prisonnier de guerre en 40. Malgré tout ça va et espérant une prochaine libération qui me permettra peut-être de retrouver ma chère femme et mes affaires.
Ton fils qui t'embrasse de loin.
Signé Clément.

Une carte qui, en quelques phrases résume bien la souffrance de ces hommes qui, tel Clément, ont non seulement vécu l'horreur des tranchées durant la Première Guerre Mondiale mais qui une vingtaine d'années plus tard sont à nouveau dans les rangs des combattants. Encore eut-il la chance de revenir quand tant d'autres sont tombés au Champ d'Honneur !
J'ignore si Clément fut libéré avant la fin des hostilités mais je ne le pense pas. Comme tant d'autres, il a du attendre 1945 pour franchir à nouveau le seuil de sa maison, retrouver son épouse et reprendre son commerce. Clément tenait une pâtisserie à Avesnes-sur-Helpe. Mais à son retour, il ne retrouvera pas sa mère à qui il avait envoyé ses voeux affectueux. Marie décéde en juin 42 chez sa fille Elise à Néchin (Belgique).
Je pense aussi à mes oncles Bernard (+1976) et Michel Thorel (+1991), frères de Geneviève Rabillon-Thorel (+1965), ma maman. Ils ne retrouveront la liberté qu'après le décès de ma grand-mère Madeleine Thorel-Sausse (1878-1942) qui, pourtant, espérait tant revoir ses fils avant de mourir en janvier 1943. Et je sais pour l'avoir lu dans leurs lettres combien grande fut leur souffrance de n'avoir pu alors être auprès d'elle. Il a du en être de même pour Clément, l'oncle et parrain de Jean-Pierre. Tristes guerres !
* Jean-Pierre Guérin est l'époux d'Anne-Marie Fourmanoir, elle-même fille d'Elise Tilmont (+2002)
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