mardi 23 juin 2015

Etienne Vital Rabillon et L'Ecole Centrale d'Ille-et-Vilaine

J'ai trouvé, sur la bibliothèque généalogique, l'histoire de l'Ecole Centrale de Rennes où mon tri-aïeul Etienne Vital Rabillon reçut la chaire d'Histoire en 1798... On y lit1 :

"A la chaire d'Histoire, le jury donna comme titulaire Etienne-Vital Rabillon, sergent au 2é bataillon de la 142è demi-brigade... Ce ne fut pas l'un des moindres mérites du jury de découvrir ce laborieux jeune homme de 29 ans dont la carrière universitaire devait être particulièrement brillante puisqu'on le rencontre en 1811 comme professeur à la Faculté des lettres de Rennes....."

Cela nécessite un petit retour en arrière ! (cf. le post édité le 28/01/2008 sous le titre "Etienne Vital Rabillon, une histoire étonnante"). En voici un court résumé...
 
Né à Piolenc (84) en 1769, il fait de brillantes études chez les Oratoriens d'Avignon. Ses classes terminées, il lui faut choisir une carrière. Ses parents voulaient faire de lui un médecin. Il suit quelque temps les cours de la Faculté (Aix sans doute) mais à la première dissection, il renonçe !... A 18 ans, Vital quitte sa famille... sans doute à la suite d'une violente dispute avec son père ayant trait à son refus de faire médecine. Un ami l'engage à s'embarquer avec lui à Marseille sur le navire dont son père avait le commandement. Par suite d'un malentendu, le projet échoua... quand Vital arrive, le navire venait de partir ! Il travailla alors dans l'imprimerie et ce, dans plusieurs grandes villes du Midi... Il était à Bordeaux lorsque éclate la Révolution et la levée de 1793. C'est là qu'il s'engage dans les armées de la République. D'ailleurs avait-il le choix ? Son régiment est dirigé vers la Vendée ! Il fera donc la terrible guerre dont il gardera un affreux souvenir. Les scènes sanglantes auxquelles il se trouva mêlé lui inspirèrent une profonde horreur pour la Révolution. Puis son régiment passa en Bretagne et occupa Rennes fin 1793, début 94. Après le 9 thermidor, l'adoucissement relatif de la Convention permit de s'occuper à nouveau de choses anéanties par la Révolution. On ouvre à Rennes une bibliothèque...composée du fonds confisqué de la bibliothèque des avocats au Parlement de Rennes auquel on ajouta les ouvrages ramassés dans les pillages des châteaux, les biens des émigrés ou autres... Dans cette nouvelle bibliothèque, Vital prenait ses moments de loisirs. Le principal responsable, un certain Mainguy, ancien abbé et ancien professeur au Collège Royal remarqua ce sergent qui passait de longues heures à lire dans le texte grec, Homère, Platon, Hérodote, etc. Survint alors la paix de Bâle (1795) qui permit de renvoyer une partie de l'armée.  On lui proposa de concourir pour une chaire d'Histoire qui venait d'être fondée à l'Ecole Centrale. Cet acte décida de sa destinée et le fixa pour toujours à Rennes où il épousa en une jeune Rennaise en 1804.

Et c'est là que se greffe le document de la bibliothèque généalogique2.....

Auteur : Pierre Ricordel
La loi réorganisant en France l'enseignement secondaire attendue partout avec impatience, fut enfin votée le 7 ventôse III (25/02/1795). Elle prescrivait, « pour l'enseignement des lettres, des sciences et des arts », l'établissement d' "écoles centrales ». Cette loi dut soulever à Rennes un vif intérêt. Ville administrative et universitaire,elle avait été atteinte par les bouleversements de la Révolution et avait demandé, à plusieurs reprises, un centre d'éducation nationale ! Demandes restées sans réponse quand fut promulguée la loi instituant les écoles centrales. Il fut décidé que cette école serait placée dans les bâtiments de l'ancien collège des Jésuites chassés par la Révolution ! Mais les difficultés matérielles se présentèrent...le bâtiment était totalement délabré et l'argent manquait. Ce n'était pas tout ! Les militaires, dont la 142è demi-brigade d'Etienne Vital, s'étaient installés un peu partout dans cet ancien collège. L'autorité militaire qui voulait en faire une caserne restait sourde à la réclamation de l'autorité civile...!

 
Enfin le 3 brumaire IV (25/10/1795), l'Assemblée promulgua la loi établissant une "Ecole Centrale" dans chaque chef-lieu de département. Etienne Vital fut chargé de la chaire d'Histoire et entrait ainsi dans la carrière. Le jury fut encore heureux de retrouver le concours de quelques professeurs laïcs de l'ancien collège qui avaient du cesser leur enseignement sous la Terreur. Ce fut l'exemple du célèbre jurisconsulte Lanjuinais qui avait échappé à la guillotine.
La situation matérielle de ces valeureux professeurs n'eut toutefois rien de bien enviable : très mal payés, parfois logés dans des bâtiments délabrés...Seuls les honneurs leur étaient offerts: premières places dans les fêtes et dispense du service de la garde nationale ! 

Mais la médaille a son revers. Une grande partie de la population rennaise, restée farouchement hostile au nouveau régime, avait vu d'un très mauvais oeil I'installation à Rennes d'un établissement lié à la Révolution. Secondée par le clergé, qui voyait dans l'Ecole centrale une œuvre essentiellement laïque et anticléricale, elle ne ménagea pas ses attaques et les professeurs, au début surtout eurent beaucoup à souffrir de cette sourde hostilité. Ils durent sans cesse lutter contre leurs détracteurs et le ministre de l’intérieur dans une circulaire du 06/09/1797 écrit : « On s’est attaché dans le premier moment à combattre les écoles centrales avant de constater ce qu’elles pouvaient faire. On doit savoir gré aux professeurs de n’avoir ralenti leur zèle, ni par le défaut des moyens qui a trop souvent arriéré leus faibles traitements… »
Entre tous... 
les professeurs de l’Ecole Centrale de Rennes2
 dont Etienne Vital Rabillon 
méritaient cet éloge !

J'ajoute que, si je connaissais son parcours d'enseignant, j'ignorais qu'il avait enseigné dans les bâtiments qui sont toujours ceux d'un Lycée et devant lesquels il m'est arrivé bien souvent de passer. De l'autre coté de la Vilaine était toute proche la Faculté des Sciences que j'ai fréquenté.

  1- "Le Collège de Rennes depuis le départ des Jésuites, et 1'Ecole centrale d'Ille-et-Vilaine" (1762-1803) de Pierre Ricordel.
2 - En 1802, le Lycée remplacera l'Ecole centrale et les premiers lycéens feront leur rentrée en 1803. 

mardi 16 juin 2015

La Rivière...un 16 juin ou 200 ans d'Histoire.....

Aujourd'hui, je me tourne vers l'arbre des  Deschamps la Rivière pour faire revivre une rencontre familiale dont plusieurs d'entre nous se souviennent encore.....
Mon arrière grand-père Ernest Rabillon épouse le 08/01/1850 à Lavaré dans la Sarthe Marie Thérèse Caroline Deschamps la Rivière. Caroline (son prénom usuel) y vit avec ses parents, ses frères et soeurs dans une jolie propriété appelée "La Rivière" achetée en 1779 par son grand-père Noël Marin Deschamps qui, au jour de son mariage en 1751 à Candé avec Nicole Morlet, est dit Deschamps de la Grande Rivière, Seigneur de la Grande Rivière, Bourgeois de Paris et de Thorigné, Conseiller du Roi.
Leur fille Judith Rose Nicole (Rose son prénom usuel) épouse en 1811 à Lavaré François Deschamps ! aucune parenté entre les deux familles. La jeune mariée n'avait qu'un frère, chirurgien de la grande armée qui trouve la mort en 1807 à Guttstadt en Prusse où il soignait sans doute les blessés d'Eylau ! Le patronyme Deschamps la Rivière allait s'éteindre... François Deschamps fut alors autorisé à prendre le patronyme de son épouse.
Mes arrières grands-parents revinrent alors souvent passer des vacances à Lavaré. Ce fut le cas, en 1853 où, le trio Rabillon, Ernest, Caroline et le petit Vital (1851-1938), mon grand-père, se trouvaient à la Rivière et prirent sans doute part aux longues promenades à travers bois, à la pêche aux écrevisses, à la cueillette des champignons. Tandis que ses beaux-frères étaient à la poursuite des lièvres, lapins et perdreaux, Ernest Rabillon, mon arrière-grand-père, qui n'était pas chasseur s'amusait à pêcher des carpes dans l'étang de la propriété.
Au décès de l'aïeule en 1864, c'est Frédéric qui prendra possession de "La Rivière". Et  Pierre Bodin, son petit-fils prendra le relais.
Pour nous, il sera "Oncle Pierre" et son épouse "Tante Zézette"..... Mais si j'avais entendu parler de La Rivière, il me faudra attendre le mariage de leur fille Françoise en avril 1961 pour découvrir cette propriété familiale acquise en 1779. 
Plus d'un siècle après notre arrière grand-mère Caroline, nous nous arrêterons plusieurs fois à "La Rivière" invités, toujours avec beaucoup de gentillesse, à y faire halte sur le chemin du Morbihan. Jean-Pierre (mon époux) taquinera, à son tour, les carpes dans l'étang ou le petit cours d'eau qui en découle.
Et c'est le 16 juin 1979, qu'oncle Pierre invitera tous les descendants de Noël Marin Deschamps, père de Rose Deschamps la Rivière à fêter le 200ème anniversaire de l'achat de la propriété. Ce fut une grande réussite, nous étions plus de cent personnes et tout fut parfaitement organisé. Chacun en garde un très beau souvenir !
 Et c'est au travers de quelques photos que j'illustre cette réunion familiale autour du buste de celui qui l'avait acquise il y a aujourd'hui 236 ans. Au décès de l'oncle Pierre, c'est sa fille aînée Françoise qui gardera "La Rivière". Elle m'avait confié cette volonté... Je suis longtemps restée en contact avec elle ainsi qu'avec Andrée. Françoise eut la gentillesse d'accueillir Corinne à Morvillars (90). Je l'ai revue en 1995 au mariage de l'une de ses filles après qu'elle eut de graves problèmes de santé. Et malheureusement, depuis 1997, je n'ai plus de nouvelles de cette branche familiale. C'est d'ailleurs un peu de ma responsabilité et je pense souvent à recontacter l'une ou l'autre de ces cousines et puis le temps passe..... à suivre !

Dans l'instant, quelques flashes d'une belle réunion familiale le 16 juin 1979 à "La Rivière".....


Cliquez sur la photo...


image 1 : Pierre Bodin et le buste de l'aïeul Noël Marin Deschamps La Rivière

image 2 : Pierre Bodin, Andrée de Sallier Dupin-Leclère (à sa droite), Bernadette Boulloud-Rabillon (à sa gauche), Françoise Viellard-Bodin et Marie-Antoinette de Sallier-de la Monneraye (de dos)

image 3 : je vous laisse reconnaître dans la partie droite mes cousins Xavier et Guy de Sallier ainsi qu'Aliette Maical-de Sallier avec son époux Pierre Marical... de dos Soisik de Sallier et tout à fait à gauche Thérèse Aubert-Jumelais.

image 4 :  Soizik, Xavier, ma soeur Marie-Edith Fraisseix-Rabillon ?, Pierre Marical et en face me semble-t-il mon frère Michel Rabillon.

image 5 : Françoise Viellard-Bodin, André Le Cornec-Bodin, peut-être Jehanne-Marie Bodin-Renaudeau d'Arc, Jean-Pierre Boulloud.


Cliquez sur la photo...
image 1 : notre merveilleuse hôtesse Elisabeth Bodin-Lefort dite Tante Zezette (1906-1988)

image 2 : je crois bien reconnaître Claudine Rabillon-Lang, épouse de Michel Rabillon, mon frère avec le petit Pierre-Yves qui avait alors 2 ans !

image 3 : il me semble bien reconnaître notre Céline (alors 9 ans) suivie d'Anne-Cécile Rabillon et de vraisemblablement Bénedicte Rabillon que l'on voit mal.

Michel Vieillard, époux de Françoise Bodin proposa des promenades en Montgolfière...

image 4 : Corinne embarque avec Emmanuel Vieillard et Oncle Pierre Bodin.

image 5 : à mon tour avec Michel Viellard et Yves Le Cornec

En réalité, nous nous élèverons mais resterons en stationnaire au dessus de la Rivière. 

Seul Jean-Pierre avec Michel Vieillard et quelques autres iront se ballader au-dessus du domaine !
Vous suivez son évolution sur fond des montages photos.


N'oubliez pas le petit clic....

A l'occasion de cette rencontre sur fond d'Histoire familiale... nous avons offert à nos hôtes un arbre à planter en souvenir de l'événement. Oncle Pierre m'écrivit alors que cet arbre, un Paulownia, serait baptisé "Céline" du prénom de notre troisième fille. Il nous rappelait, à cette occasion, qu'en 1869 Jenny Rabillon la jeune soeur de mon grand-père avait planté un pêcher qui sera appelé "Jenny". Je n'ai jamais su où avait été planté notre "arbre symbole" ni si il "avait pris racine" !

La seule descendante de Noël Marin qui portait encore en 1979 le nom Deschamps la Rivière ne répondit pas à l'invitation de son cousin. Edith Deschamps la Rivière (1922-1998) aura donc été la dernière à porter ce patronyme. Elle descendait d'Antonin (1813-1868), le fils aîné de Rose (1785-1864). Son frère Frédéric (1819-1872) eut deux filles et un fils qui n'eut pas de postérité. Eugène (1828-1871) n'eut qu'un fils lui aussi sans postérité. 


vendredi 5 juin 2015

Vous souvenez-vous d'Albert Marie Bouinais et d'Abel Marie Paulus... deux historiens du 19è siècle chez "nos familles" !.....

 Le 22 novembre 2012, j'éditais sur ce blog un billet retraçant le parcours atypique d'Abel Marie Paulus. Pourquoi m'y étais-je intéressée puisqu'il ne m'est pas proche parent ? Je l'avais approché car il est lié par son épouse  Amélie Bouinais à la branche Noury dont je descends par Jean-Marie Noury. Je vous recommande de relire ce "billet" sous le label "Albert Marie Bouinais et Abel Marie Paulus... deux historiens du 19è siècle chez "nos familles" !.....(page accueil du blog à droite "Archives du blog 2012" ou "Libellés...généalogie Branche Noury"). 

Je vous en redonne ici l'introduction.....
Début novembre 2012, je reçois un mail d'une historienne Chantal Rizet-Clergue qui prépare un doctorat en histoire sur les professeurs agrégés "spéciaux" au 19è siècle. Elle s'intéresse entre autres à l'un d'entre eux Abel Paulus...
Albert Bouinais
Ses recherches l'amènent à découvrir qu'Abel écrivit plusieurs livres avec un certain Albert Bouinais. Et c'est cet Albert Bouinais qui la conduit jusqu'à moi.....
En effet, Albert appartient bien à la branche Noury ainsi d'ailleurs qu'Abel qui a épousé sa soeur, Amélie. Ma correspondante attend donc de moi des informations sur les familles Bouinais et Paulus ! Si je peux lui apporter une documentation assez complète d'Albert, j'ai bien peu de choses à lui offrir concernant Abel.
Abbaye de Timadeuc
Toutefois, j'ai eu la chance  de lui donner le renseignement qui lui permit de le retrouver après 1891 où il disparait. Les archives de la famille disaient que, séparé de sa femme, il avait choisi de vivre en reclus chez les moines de l'abbaye de Timadeuc en Morbihan. Etrange homme que cet Abel Paulus !

Chantal Clergue prit alors contact avec le prieur de l'Abbaye. Il lui confia le témoignage d'un moine sur Abel qui se consacrera alors à des travaux bibliques...ou à des romans jusqu'à sa mort en 1924.
A entendre Chantal Clergue, ce témoignage fut la clé qui lui permit de poursuivre sa thèse sur cette "agrégation spéciale" introduite par Victor Duruy en 1866.

Et le 12 avril, je reçois ce message :

"J'ai le plaisir de vous annoncer que je soutiendrai ma thèse sur les agrégés de l'enseignement spécial, le samedi 4 juillet, sûrement au matin.
Si vous pouvez vous libérer et faire le déplacement à Lyon, ce sera un très grand plaisir de vous rencontrer.

Il ne me sera pas possible de m'y rendre... Nouveau message :

"Une fois validée, je vous transmettrai une version PDF du document.
Merci à vous pour toute l'aide que vous m'avez apportée. Cette recherche est "vivante", grâce à tous les documents fournis par les généalogistes. Oui, un grand merci !"

Un exemple, parmi d'autres, que nos recherches croisent parfois la trajectoire d'inconnus à qui on apporte la clef qui leur permet d'ouvrir le dernier verrou qui bloquait leur entreprise. 
 

  *** Il me reste à évoquer cette fameuse agrégation spéciale obtenue par Abel Paulus. Et qui peut mieux en parler que celle que j'ai eu le bonheur de conduire à l'Abbaye de Timadeuc... Chantal Rizet-Clergue.....
Victor Duruy
"L'agrégation spéciale" n'a pas vécu longtemps : 1866/1891. Elle faisait de l'ombre à l'agrégation classique et les agrégés classiques voyaient d'un mauvais oeil que des agrégés "spéciaux" aient le même statut qu'eux. Nous étions alors dans un siècle où le latin et le grec avaient seuls droit de cité... les sciences, les langues vivantes étrangères, la littérature française, bref un enseignement résolument "moderne" n'avaient pas leur place dans cette fin du 19è siècle.
Les agrégés du type "Paulus" étaient traités par les classiques de "bestiaux" et l'enseignement spécial était l'enseignement des "épiciers" ! Il est vrai qu'un agrégé spécial n'avait pas besoin du bac ni de la licence pour passer le concours. Duruy leur donne la possibilité de se glisser dans l'enseignement secondaire par une petite porte et de devenir, selon leur mérite, des professeurs du secondaire.
Les classiques n'ont jamais accepté que de simples primaires puissent se prévaloir du titre d'agrégé de l'Université; bref, la bataille est rude tout au long du siècle...
Il y a eu 468 agrégés spéciaux; et m'expliquait alors Chantal Clergue "mon travail consiste donc à connaître leur carrière professionnelle et à voir, entre autres, comment ils se sont inscrits dans le siècle. Certains sont brillants, font de très belles carrières. Le cas Paulus en est un exemple..."

Le 4 juillet, je n'oublierai pas Chantal Clergue 
et lui souhaite le succès qu'elle mérite
pour ce travail
 qu'elle mène depuis plusieurs années.....

 et je prendrais plaisir à lire sa thèse.