Plus tard et toujours en juillet...c'est au tour de Bertrand Thorel de nous annoncer sa venue avec Catherine, son épouse. Au terme d'un séjour à Belle Isle et, reprenant la route du retour vers la Dordogne, il nous propose de faire une petite halte auprès de nous...faisant ainsi connaissance ! Car si, grâce à Jean-Claude et à Internet, nous avions pu établir contact avec Bertrand depuis plusieurs années...nous ne l'avions jamais rencontré ! Encore un moment riche d'échanges familiaux d'hier et d'aujourd'hui illustrés, cette fois, par une photo.....
Et pour reprendre les termes d'un message de Bertrand.....
"Nous
avons été ravis de cette rencontre.
J'espère qu'il y en aura d'autres."
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| A notre droite...Bertrand et Catherine |
Je profite de ce billet pour évoquer ce grand-oncle.....Officier de carrière, Marcel a, dès l'automne 1914, été mis hors de combat par une très grave blessure.Commandant d'infanterie, il était passé par St Maixent. Exemple d'excès de l'Etat laïc après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, il s'était vu dispensé d'aller régulièrement à la messe pour éviter d'être catalogué par l'administration comme chrétien pratiquant donc mauvais serviteur de l'Etat.
En 1936, il est sans doute retraité de l'armée et exerce des fonctions de gestionnaire de plusieurs organismes. Il explique à sa nièce Geneviève (ma mère) qu'il ne pourra assister à son mariage en raison du travail auquel il doit faire face avec le bouleversement total du régime des assurances sociales.
Mobilisé en Juin 1940, il est blessé à la cuisse, soigné dans un hôpital près de Lagny s/Marne. Sorti de l'hôpital et sans doute démobilisé, il rejoint Rouen pour prendre la route de l'exode avec Renée, son épouse. Après bien des aléas et une halte bienheureuse chez Geneviève et Yves (mes parents) à Rennes, ils atterrirons à Vannes. Grâce à Yves Rabillon qui les a mis en contact avec son cousin René Jumelais, Marcel a pu louer une chambre...mais vingt et une personnes de sa Caisse sont arrivés là. Une grande pièce a été mise à leur disposition par le Directeur de la Caisse Départementale. Pourquoi, s'interroge Marcel, envoyer tant de monde ici ? Il y a les évacués de la Seine, de l'Oise et de la Seine-Inférieure (aujourd'hui Seine-Maritime). Pénurie de matelas...La mairie le renvoie à la Préfecture, celle-ci à la Mairie de Rouen arrivée ici en partie qui lui dit de s'adresser à la Préfecture de la Seine-Inférieure qui est il ne sait où...c'est un effroyable désordre ! Le trajet de Rennes à Vannes s'effectue tant bien que mal avec des embouteillages dont il se demandait comment il pourrait s'en sortir. Resteront-ils à Vannes ? Marcel n'en sait rien.....
Fin juillet 1940, ils connaissent de manière certaine le sort de leurs enfants...Henry (père de Bertrand) est démobilisé, Pierre prisonnier en Belgique, Jacques prisonnier en Allemagne et Jean (père de Jean-Claude), blessé à la tête . Leur sort n'est certes pas enviable en ce qui concerne les deux prisonniers mais Marcel et Renée gardent l'espoir de les revoir.
Marcel évoque souvent l'accueil des Rennais...et ils sont très émus en apprenant combien la ville a souffert, ils ont tremblé pour leur nièce, Geneviève et sa famille ! A Rouen, c'est tout le quartier compris entre les quais, les rues de la République et du grand Pont jusqu'à la cathédrale qui a été anéanti. Mais leur quartier n'a pas souffert. Ils sont revenus à Rouen le 5 juillet après être restés quatre jours à Vannes et quinze jours près Saint-Brieuc.
Mars 1943, Marcel apprend par la presse le terrible bombardement de Rennes et s'inquiète du sort de la famille de sa nièce. Puis Janvier 1945, il l'appelle au secours ! Depuis la libération, ils n'ont aucun ravitaillement, tout juste 100gr de beurre. Il lui demande, si les conditions sont meilleures en Bretagne, de les aider. A Rouen, c'est la famine et en plus pas de gaz, pas de charbon. Geneviève et Yves vont les aider... Grâce à eux, au lieu de l'éternel plat de pommes de terre, ils y ont ajouté des oeufs et du fromage. Marcel est reconnaissant mais aussi culpabilisé de donner tout ce mal à sa nièce si dévouée. Il se réjouit du prochain retour de Bernard (l'un des frères de maman prisonnier en Allemagne comme Michel, le plus jeune de ses frères). A chaque colis reçu de Rennes, il exulte et dit "Comme on devient matérialiste quand on est privé de ces choses dont autrefois l'utilité passait inaperçue parce qu'on en était largement pourvu". Le ravitaillement à Rouen est toujours aussi aléatoire. Pourtant "les allemands ne nous privent plus de milliers de tonnes de viande, les gens ne comprennent pas et le mécontentement grandit." En plus...ni gaz, ni charbon et très peu de bois (hors de prix si l'on en trouve). Les canalisations de gaz sur la rive droite ont été entièrement détruites. Enfin en avril, le gaz fait sa réapparition, accueilli avec joie "Que de vieilles chaises, de caisses détériorées, de meubles un peu disloqués avons-nous dû utiliser pour cuisiner nos maigres repas !"
Juin 1945, il y a un an déjà le débarquement... Marcel dit éprouver pour sa nièce Geneviève Rabillon-Thorel une particulière affection. Il n'oublie pas l'accueil que sa famille, avec elle, leur a réservé lors de la débâcle en 1940. Il faut maintenant reprendre des forces car l'avenir ne sera peut-être pas si facile "Nos prétendus alliés se montrent sous leur vrai jour. Ils ont délivré la France, non par amitié mais parce qu'ils avaient besoin de notre territoire pour attaquer l'Allemagne (après leur humiliation de Pearl Harbour)". Du reste, surenchérit Marcel... "ils ont bien montré par leurs bombardements, les destructions inutiles et stupides que nous ne comptions guère à leurs yeux...". Marcel aimerait bien revoir son neveu Bernard mais n'envisage pas pour l'instant d'aller à Paris. Quant à l'inviter à Rouen pour ne lui offrir que du chou et des carottes, cela lui parait déplacé vis à vis d'un prisonnier qui a souffert si longtemps physiquement et moralement .
Sa correspondance avec sa nièce Geneviève (maman) se poursuivra au moins jusqu'en 1961 à l'occasion de chaque début d'année. Geneviève lui parle de ses enfants et Marcel relate les principaux événements familiaux de l'année. Il est reconnaissant à sa nièce de sa fidélité qui permet de renouer le fil "Tu es la plus affectueuse et la plus attentionnée des nièces. Grâce à toi nous pouvons suivre tes enfants. Ils étaient bien petits lorsque nous les avons vus en 1940 au moment de l'exode. Michel n'était pas encore né !". Marcel s'intéresse aux études de ces petits-neveux Rennais qu'il regrette de ne pas mieux connaître. Il n'est pas retourné à Neuilly depuis 1956, année du décès de son frère André et il se souvient que c'est là qu'il a vu pour la dernière fois Geneviève et ses enfants.
Le destin lui a donné raison puisque mon grand-oncle décède le 9 juin 1961 suivi, quelques années après par sa nièce Geneviève (maman) décédée le 31 mars 1965 !
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| Marcel Thorel et Renée |
Nota
bene : Plus jeune, je me suis demandée longtemps qui étaient donc tous
ces gens venus occuper et coucher dans notre salon durant la guerre. Je
ne pouvais dater ce curieux campement ! et ce n'est donc que bien plus
tard en exploitant le courrier familial au profit de la généalogie que
j'ai pu reconstituer l'histoire...les curieux visiteurs étaient Marcel
Thorel et Renée !
A bientôt pour d'autres échanges.....
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