jeudi 7 février 2008

C'était au temps où !

Le texte qui suit, je l'ai trouvé sur le forum des Hautes-Pyrénées avec lequel j'ai des liens en raison de mes recherches sur la famille Dulac. Un texte que j'ai aimé, qui a éveillé en moi des souvenirs, qui vous touchera peut-être aussi... Il ne s'agira pas nécessairement d'une grand-mère mais de ces femmes qui ont accompagné votre enfance... Je pense à Marie-Ange qui fut employée de longues années chez mes parents... à Anne-Marie chez mes cousins rennais... à Alphonsine lorsque nous nous arrêtions chez les cousins de Jean Pierre à Vaulnaveys...

et vous ?
Vous souvenez-vous du tablier de Grand-mère ?


Le principal usage du tablier de Grand'Mère était de protéger la robe en dessous,
mais en plus de cela, il servait de gant pour retirer une poêle brûlante du fourneau.
Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants,
et à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses salies.
Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les oeufs, les poussins à réanimer,
et parfois les oeufs fêlés qui finissaient dans le fourneau.
Quand des visiteurs arrivaient, le tablier servait d'abri à des enfants timides ;
et quand le temps était frais, Grand' Mère s'en emmitouflait les bras.
Ce bon vieux tablier faisait office de soufflet, agité au dessus du feu de bois. C'est lui qui transbahutait les pommes de terre et le bois sec jusque dans la cuisine.
Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes.
Après que les petits pois aient été récoltés venait le tour des choux.
En fin de saison il était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l'arbre.
Quand des visiteurs arrivaient de façon impromptue, c'était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.
A l'heure de servir le repas, Grand' Mère allait sur le perron agiter son tablier,
et les hommes au champs savaient aussitôt qu'ils devaient passer à table.
Grand'Mère l'utilisait aussi pour poser la tarte aux pommes à peine sortie du four sur le rebord de la fenêtre pour qu'elle refroidisse,
Tandis que, de nos jours, sa petite fille la pose là pour décongeler.
Il faudra de bien longues années avant que quelqu'un invente quelque objet qui puisse remplacer ce bon vieux tablier qui servait à tant de choses.

L'évocation d'une grand-mère et de son tablier a suscité quelques échanges entre les membres du forum, originaires des Hautes-Pyrénées sur le thème de la disparition des dialectes régionaux... Je vous les livre car elles montrent bien ce désir de retrouver nos racines au siècle de la mondialisation sans pour autant renoncer à la modernité.....

"Mes grands parents tous deux instituteurs, sortis des premières écoles normales, ont passé leur temps à apprendre le français aux petits paysans des Htes Pyrénées, et ensuite aux petits émigrés espagnols ou italiens des quartiers populaires de Tarbes. A mon grand regret aujourd'hui je ne maitrise pas cette langue qu'ils parlaient avec ma mère lorsqu'ils ne voulaient pas que nous comprenions ce qu'ils disaient. Il était bien sûr interdit de parler ce dialecte. Maintenant ma fille émigrée au USA ne rêve que de parler l'occitan. S'il faut que tout le monde se comprenne il ne faut pas pour cela abandonner tout ce qui représente notre passé, notre histoire, individuelle ou commune, c'est ce que nous recherchons tous au travers de nos travaux généalogiques"

"J'ai eu la bêtise de dire un jour à mes parents : "ce n'est pas la peine que vous parliez patois, je vous comprends". Fin de l'imprégnation et, aujourd'hui j'ai toutes les peines du monde à parler gascon malgré des cours suivis depuis 10 ans. Blocage, je crois bien! Heureusement nos messages nous obligent souvent à retrouver nos racines et pas seulement généalogiques ; la langue aussi, les mœurs et l'histoire sans parler des paysages."

"Et moi donc ..... interdiction par l'institutrice (qui était ma tante) à nos parents, de parler ce patois. Mon fils m'a reproché de ne pas le lui avoir apris. Votre tablier de grand mère est tellement vrai".



Je reprends la main pour évoquer à mon tour et avec émotion quelques unes des expressions de notre Marie-Ange. On n'échappait pas à "Prends ta curlée de sirop" de foie de morue...Brkkk ou de sirop iodotonique trop sucré. Quand elle nous menait avec elle dans son jardin ouvrier des faubourgs de Rennes sans doute aujourd'hui sous des immeubles, elle nous faisait monter dans sa "berouette". Je ne suis pas certaine de l'orthographe ! Mon cousin Christian, amoureux du Gallo (dialecte d'Ille-et-Vilaine) pourrait nous en dire tellement plus.

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