samedi 8 novembre 2008

N'oublions pas !

"L’ordre qui nous a été donné hier étant formel, nous étions sacrifiés. Il nous était impossible en plein jour de parcourir 5 à 600 m à découvert avec les pièces ; nous savions que nous allions à une mort certaine. J’avais dit à un sergent de t’envoyer mon carnet, ma montre et mon porte monnaie. J’ai songé un moment à vous ; mais il fallait aussi accomplir l’ordre donné.
Aujourd’hui, nous attendons. Mais si nous sommes ainsi sacrifiés, il faudra réclamer car on nous sacrifie bêtement ; il est absolument impossible d’accomplir notre mission. Nous serons démolis avant. Donc il doit y avoir des responsables. D’ailleurs, si je reçois l’ordre, je le ferai remarquer. C’est mon droit et devoir. Mais j’exécuterai l’ordre quel qu’il soit.
En allant et revenant, nous pataugeons dans l’eau et la boue. je suis tombé trois fois, dont une fois complètement sur le flanc, presque dans un trou de marmite. J’en ai ri voilà tout, mais il faut voir dans quel état nous sommes. Aujourd’hui, nous n’allons pas à la soupe, on va nous l’apporter ici. Nous devons toujours nous tenir prêts. Inutile, si je viens à être tué, de chercher à me faire transporter chez nous. Ce sera des frais pour toi, et une corvée bien pénible. Economise pour les enfants, je songe toujours à eux, et ma dernière pensée sera pour vous.
Mes hommes avaient la frousse hier au soir, même les gradés. Je ne suis pas plus courageux que les autres. Aujourd’hui, temps sombre. Un aéro francais plane. On en voit de temps en temps. Ce soir, tranchée......"

Ce témoignage pourrait être celui du dernier poilu inhumé en mars dernier ou de l'un des nôtres mort ou disparu. J'avais évoqué le courage de tous ceux qui, dans nos familles, ont donné leur vie dans cette terrible guerre dans un message posté le 13/03/08 sous le libellé "Histoire et généalogie (toutes familles)". Je vous invite à le relire.
Parmi eux, Camille Eugène Boulloud, frère du grand-père de Jean-Pierre, sergent au 4è bataillon de chasseurs et porté disparu en 1915 à Bucy-le-Long (Aisne). Savez-vous alors ce que signifiait "disparu" pour la hiérarchie militaire en 14-18 ? très simplement que le malheureux sera d'abord soupçonné de désertion et recherché comme tel. Souffrance de la famille... attente de plusieurs années avant que leur enfant, leur frère puisse être reconnu "Mort pour la France"comme ses camarades d'infortune. C'est ainsi qu'il faudra aux siens attendre 1920 le jugement qui lui donnera droit d'être inscrit auprès de l'un de ses cousins sur le monument aux morts de son village. Mais nous le pensons, le doute a du persister chez ses proches, les voisins, les amis ! Dernièrement, une correspondante elle-même liée à la famille Boulloud me racontait que son arrière grand-père (cousin de Camille) de retour en France après la guerre avait reçu un accueil inattendu sur le sol français. Retenu en Argentine durant la guerre, il revint en France après l'Armistice. A peine avait-il posé le pied sur le sol français qu'il se retrouvait en prison inculpé de désertion. Il avait la malchance de s'appeler lui-même Camille et d'être né la même année. Il dut prouver son identité et ne retrouva la liberté que deux semaines après !
Nous ne saurons jamais ce qu'il est arrivé à Camille. Peu importe, nous savons aujourd'hui le calvaire injustement subi par tous ces jeunes hommes sous la férule de généraux incompétents ou peu soucieux du sort de leurs hommes. Aujourd'hui l'Histoire a fait le ménage. Tués ou "portés disparus", ces malheureuses victimes de la "terrible guerre" ont droit à notre souvenir reconnaissant chaque 11 novembre.
Souvenons-nous !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Waouh ! Super interessant, je vous tous à lire cet article remarquable de maman et vous incite à lire "un long dimanche de fiançailles", je crois que c'est de Sébastien Japrisot si me rappelle bien et qui évoque ces "disparus" de la Grande Guerre (comme s'il y en avait des petites!!!).
Signé Coco