jeudi 15 mars 2012

Le testament de Marie-Caroline de Caqueray

Marie Caroline de Caqueray, mon arrière-grand-mère, épouse en 1868 Benoît Decq, militaire de carrière qui au jour de son décès en 1912 était Lieutenant-Colonel. Ils eurent douze enfants ! A l'époque, c'était assez courant.....
Son testament fait en la forme olographe*, daté du 8 septembre 1926 est intéressant à plus d'un titre :
" Je laisse par préciput** et hors part à mes filles Marguerite, Henriette et Jeanne (Photo de droite) tout ce dont la loi me permet de disposer. Si une ou deux venaient à disparaître la part de la quotité disponible reviendrait à ses deux soeurs ou à la soeur légataire restante.
Je ne fais point ceci par quelque défaveur pour mes autres enfants pour lesquels je prie Dieu d'accorder toute prospérité, mais comme l'avenir de ceux-ci est plus ou moins assuré, je suis obligée de veiller particulièrement à la situation possible de mes filles vu l'exiguité de ma fortune et ce qui pourra être leurs moyens d'existence.
Aussi j'espère que mes autres enfants seront les premiers à approuver mes dispositions".
Ainsi Marie Caroline, même si elle s'en défend, ne laisse pas parts égales à ses enfants ! En 1829, il lui reste 10 enfants. Quand elle évoque l'avenir plus ou moins assuré de quelques-uns, elle désigne Marie (1), Caroline (3), Laure (5), Bonaventure dit Joseph (7), Charles (9) et Louis (10).
Que deviendront-ils ? Auront-ils le privilège d'un avenir assuré comme le pensait leur mère ? Je vous invite à les retrouver.....
Marie est entrée chez les religieuses du Sacré-Coeur de Jésus à Bonchurh (Isle de Wight)... Laure a choisi, en 1893, les soeurs de Saint Vincent de Paul dont elle sera la Supérieure générale. Sa vie est une histoire passionnante et courageuse qui vous sera contée. Charles, Père Eudiste au Canada, reviendra en France en 1952. Les ordres religieux assurent le quotidien de leurs membres jusqu'au dernier jour. Marie Caroline pouvait être rassurée !
Restent Caroline, Bonaventure Joseph et Louis.....
Question Caroline, elle pouvait, à juste titre, espérer pour sa fille vie stable et confortable. Ce fut le cas au moins sur le plan matériel. Elle avait épousé en 1896 un avocat avec du bien !
Moins de chance avec les deux autres dont la vie ne fut pas le long fleuve tranquille qu'elle espérait pour eux ! Joseph, capitaine au long cours et armateur à Casablanca aurait pu faire fortune ! Atteint de paludisme et très marqué par le décès de deux de ses enfants en bas-âge, Joseph eut peur et avec son épouse décida de tout liquider et de rentrer en Métropole. Il voulut alors se lancer dans les affaires à Paris mais, trop honnête, ne réalisa jamais ses ambitions et tomba malade. En 1929, au moment du décès de sa mère, Joseph est déclaré sans profession et en instance de séparation. Je peux témoigner qu'il vivra à la charge des siens. Je crois qu'il ne fut guère heureux.
Louis, termina sa vie dans une quasi-misère. Séparé de son épouse, il mena une vie assez misérable si j'en crois une lettre adressée à ma grand-mère, sa soeur Caroline en 1936. Louis la remercie de son mandat. Un mandat sans doute envoyé pour l'aider à se loger et à vivre! Comme travail, des prospectus à distribuer. Aux Pompes funèbres, le directeur, un rennais que Louis a connu lui a offert tout ce dont il dispose vu son âge (54 ans), une place de croque-mort. Louis a-t-il accepté, il ne le dit pas. Enl 1939, au moment du décès de sa soeur qui l'a tant secouru, il est employé à l'hospice de Vertou (Loire-Atlantique). Un décès qui, dit-il, le touche très particulièrement. Je n'ai aucun souvenir de ce grand oncle et ne pense pas l'avoir jamais rencontré. Je pense qu'il s'était plus ou moins marginalisé.
Restent les trois "nominés" pour la meilleure part !
Marguerite et Henriette, célibataires de 58 et 50 ans avaient bien peu de chances de trouver un mari ce qui s'avéra exact. Jeanne, 45 ans, était mariée, vivait sous le toit maternel et, si j'en crois la gazette familiale, le couple ne s'entendait guère. Notre bonne arrière grand-mère était aussi une bonne maman et sa décision était juste.
Malheureusement..... l'Histoire avec un grand H et les événements qui l'ont marqué sont venus contrarier ses voeux. Si le testament, pièce à conviction, atteste bien que trois de ses enfants recoivent "double part" en francs 1929, les dévaluations successives des années 29-39 puis 39-49 ont sûrement et rapidement "égratigné" le capital reçu.
J'ai souvenir des grandes tantes vivant dans une grande précarité. J'aimais bien celles que l'on appelait "les tantes", Marguerite et Henriette vivant ensemble mais tellement différentes. Marguerite, solitaire et discrète, que l'on voyait peu... Henriette, souvent à la maison, ne serait-ce que pour partager notre table sans quoi elle n'aurait pas pris de repas. Victimes d'une éducation qui ne poussait pas les filles à s'instruire mais à trouver un mari (fortuné de préférence !) et d'une époque chaotique. Je dois ajouter qu'un membre de la famille s'est montré d'une grande générosité envers elles, ce fut oncle Raymond Huchet dont la fille Armelle doit peut-être lire ce blog de temps à autre. Il a sûrement adouci leur condition en achetant en viager le pavillon des célibataires et en logeant Jeanne, sa belle-mère pourtant fort peu reconnaissante de son vivant !

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Le testament olographe doit être écrit entièrement de la main du testateur, daté et signé par lui.
** Le préciput est, en droit civil, un avantage accordé à un héritier.

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