samedi 13 octobre 2012

1812...2012 !

L'histoire de trois hommes que je réunis aujourd'hui en raison de nos liens familiaux mais pas seulement ! 
 Le premier est un habitué du blog... Jean-Marie Noury (1725-1806) dont une petite-fille épouse en 1804 Etienne Vital Rabillon donnant ainsi naissance à la branche bretonne des Rabillon dont je descends. 
Né à Châteaugiron, commune proche de Rennes, alors un village, Jean-Marie est issu d'une famille de notables dont le plus ancien Joseph s'y marie en 1550. En 1788, deux siècles plus tard, Jean Marie est notaire et Procureur en la baronnie de Châteaugiron, ainsi que Procureur fiscal de plusieurs juridictions. Il s'y marie et aura 17 enfants c'est dire les nombreux liens que nous avons encore avec la descendance dont plusieurs me rejoignent sur ce blog. Il avait, paraît-il, dans sa jeunesse, des goûts plus belliqueux que ceux qu'indique la carrière qu'il finira par embrasser. Il prit part à la guerre de succession d'Autriche et a même été blessé à la bataille de Fontenoy  en 1745. De source familiale, il aimait dans sa vieillesse à rappeler ses souvenirs lointains et, si le temps venait à changer, il ne manquait jamais de se plaindre des douleurs que lui causait sa jambe blessée. 
Jean-Marie m'a permis de connaître le second François Joseph Le Guay, un jeune cousin. Ils descendent tous deux de Julien Geslin dit Maître chirurgien en 1650 à Châteaugiron. Avant 1661, un maître chirurgien était souvent un artisan barbier. Possédant des outils tranchants, il était souvent requis pour les saignées et autre "douceurs" chirurgicales de l'époque ! François Joseph est aussi un enfant de Châteaugiron où il est né en 1764. Il choisit l'armée...  capitaine au 1er bataillon d'Ille-et-Vilaine en 1790, il sert à l'armée du Nord jusqu'en 1796. Nommé alors chef de bataillon, attaché au général Moreau, il le suit à l'armée du Rhin. Puis il passe avec lui à l'armée d'Italie et prend part à la bataille de San-Giulano. Au cours de cette bataille, François Joseph chargé de porter un ordre à l'extrémité de la ligne de bataille s'aperçut que la position de l'ennemi avait changé. Prenant alors sur lui la responsabilité qui pouvait lui être fatale, il n'hésita pas à donner un ordre contraire ! Le succès de l'opération lui valut les félicitations publiques de son général bien qu'un pareil exemple d'insubordination fut punissable d'après les les lois de la discipline militaire mais le succès justifie tout... Si il avait échoué François Joseph pouvait y perdre la vie ! Au lieu de cela, cette affaire hâta son avancement. Il retourne avec Moreau à l'armée du Rhin et fut nommé général de brigade en 1801, commandeur de la Légion d'Honneur en 1804. Baron de l'Empire en 1808,  on le retrouve à l'armée d'Allemagne où il assiste en 1809 aux batailles d'Essling et de Wagram. 
Pilwizki à gauche de Vilnius et sous Kaunas (Kowno)
Le destin de François Joseph n'est pas encore scellé... Il intègre la Grande Armée de Russie et se distinguera sur plus d'un champ de bataille pendant cette mémorable campagne. Et dans l'immense déroute qui suivit l'incendie de Moscou, il meurt de froid et d'inanition sur la route de Kowno à Pilwizki, le 16 décembre 1812.
Triste fin pour cet homme valeureux qui montra tant de courage sur tous les champs de bataille qui alimentent nos livres d'histoire.
Et voilà le troisième homme, Ignace Bressel (parfois appelé Jean). Il appartient, lui,à l'ascendance maternelle de ma mère Geneviève Thorel. C'est la racine la plus profonde de cet arbre. Aujourd'hui encore seule sa descendance m'est familière. La trace d'Ignace a disparu en ce début du 19è siècle. Seuls les actes de naissance de ses 4 enfants nous parlent de lui, de son épouse. Et sur celui du dernier (mon bisaïeul), Ignace est dit "culottier".  

J'ai retrouvé sa trace  p. 134 et p. 167 dans le livre "Les volontaires nationaux pendant la Révolution Tome 1"édité en 1899 (Source : Gallica). Ignace est d'abord recruté en 1791 dans le 10è bataillon (Saint-Roch) ce qui correspond bien à l'adresse que nous lui connaissons à Paris puis ce bataillon entre ensuite dans le 1er bataillon.
 Un culottier était un un grade de l'armée. En l'occurrence un maître ouvrier qui exerçait son métier (fabriquer ou racommoder les vêtements des soldats, et peut être plus particulièrement des gradés). Il serait donc bien engagé en 1791 mais  ses enfants étant nés entre 1799 et 1806, il a donc survécu aux premières campagnes comme François Joseph. Quand a-t-il disparu ? il est déclaré absent et sans nouvelles de lui lors des mariages de ses enfants dont la première s'est mariée en 1828. Cette formulation semble donc bien vouloir dire que la famille n'a jamais été informée officiellement de sa mort mais seulement de sa disparition au cours de la Campagne de Russie. Il figure donc très vraisemblablement au nombre de toutes ces victimes qui passeront dans l'anonymat à la postérité..... C'est là qu'il rejoint le sort du précédent qui, lui, dans cette tragédie vieille de 200 ans, laissera trace dans l'Histoire.
Le site "Mémoire des hommes:
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
 devrait "prochainement" mettre en ligne les fiches des soldats de l'infanterie et de la garde du 1er empire. Cette numérisation nous permettra peut-être d'y retrouver la trace de notre aïeul ! 

Bonus : François Joseph a pour descendante Marie Laure Le Guay, sculptrice, plus connue comme ex-épouse de Dominique de Villepin.

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