jeudi 22 novembre 2012

Albert Marie Bouinais et Abel Marie Paulus... deux historiens du 19è siècle chez "nos familles" !.....

Début novembre, je reçois un mail d'une historienne Chantal Rizet-Clergue qui prépare un doctorat en histoire sur les professeurs agrégés au 19è siècle. Elle s'intéresse entre autres à l'un d'entre eux Abel Paulus...
Albert Bouinais
Ses recherches l'amènent à découvrir qu'Abel écrivit plusieurs livres avec un certain Albert Bouinais. Et c'est cet Albert Bouinais qui la conduit jusqu'à moi.....
En effet, Albert appartient bien à la branche Noury ainsi d'ailleurs qu'Abel qui a épousé sa soeur, Amélie. Ma correspondante attend donc de moi des informations sur les familles Bouinais et Paulus ! Si je peux lui apporter une documentation assez complète d'Albert, j'ai bien peu de choses à lui offrir concernant Abel dont nous ne sommes alliés que par son union avec une Bouinais.
Abbaye de Timadeuc
Toutefois, j'ai eu la chance  de lui donner le renseignement qui lui permit de le retrouver après 1891 où il disparait. Les archives de la famille disaient que, séparé de sa femme, il avait choisi de vivre en reclus chez les moines de l'abbaye de Timadeuc en Morbihan. Etrange homme que cet Abel Paulus !
Lorsqu'il entre par le mariage dans la famille Bouinais, Abel a réussi l'agrégation spéciale *** introduite par Duruy et épouse Amélie. Abel est seul à Paris, il a perdu ses parents. Son père lui a laissé un appartement qu'il occupe avec son épouse. Possédant donc quelques rentes et installé professionnellement, Abel Paulus peut entrer dans la famille Bouinais !
Ceci dit comment se situe les Bouinais dans l'échelle sociale de l'époque ? Il est probable que le père d'Amélie qui a quitté Rennes pour s'installer à Paris, a pu apprécier ce gendre qui a étudié l'économie et la législation en vue de l'agrégation. Il est avocat, crée un journal financier, politique et économique "Le Progrès de Paris". Chez les Bouinais, on connaît également le métier d’enseignant puisqu’Amélie, fille d’Aristide, tient un pensionnat pour jeunes filles au 76 de la rue du Théâtre, domicile de ses parents.
La rencontre d'Abel avec son beau-frère sera décisive... Militaire, Albert Aristide Bouinais (1851-1895) fait partie de la Commission de délimitation des frontières du Tonkin. En 1884, Abel, professeur est encore membre de la Société des études maritimes et coloniales et de la Société académique indochinoise. De 1883 à 1893, sans avoir mis les pieds hors de France, il commence à faire des conférences sur l’Indochine, la Cochinchine et le Cambodge. Pour cela, il collabore avec son beau-frère, celui-ci collationnant les archives lors de ses expéditions, à la rédaction de six ouvrages sur La Cochinchine contemporaine (1884), Le Royaume du Cambodge (1884), L’Indochine française contemporaine (1885), Le Royaume d'Annam (1885), La France en Indo-Chine (1886), Le Culte des morts dans le Céleste Empire et l'Annam (1893) ;

Coup de théâtre...  En 1890, Paulus quitte tout : sa femme, l’Instruction publique, la capitale et place son unique fille dans un pensionnat en Angleterre. Paulus faisant partie de nos agrégés « sans dossier », sa démission en 1890 de l’École Turgot et son départ de Paris sont restés pendant deux ans de véritables énigmes.C'est là que, nos archives familiales ont joué, permettant à notre correspondante de joindre l'abbaye de Timadeuc en Morbihan où Abel avait décidé de poursuivre sa route solitaire ! A partir de 1881, le militaire Bouinais part en Cochinchine (1881-1883), à Pékin en 1887 puis il commande les troupes à Toulon, en Guadeloupe, en Guyane et retourne en Cochinchine à partir de 1891. Albert Boüinais ne peut travailler aux côtés de son beau-frère à Paris que pendant quatre ans (1883-1887) et cinq de leurs ouvrages sont en effet édités pendant cette période. L’écriture à quatre mains se termine là ; peut-être Albert n’a-t-il pas apprécié le départ d’Abel pour la Trappe et l’abandon de sa sœur et de sa nièce… En 1892, il publie seul De Hanoï à Pékin, notes sur la Chine et décède trois ans plus tard à la suite d’une maladie contractée dans les colonies.

Abel continuera, seul, à Timadeuc et si l'on en croit le moine qui a laissé un témoignage sur Abel, il se consacrera alors à des travaux bibliques... ou à des romans jusqu'à sa mort en 1924.

  *** Il me reste à évoquer cette fameuse agrégation spéciale obtenue par Abel Paulus. Et qui peut mieux en parler que celle qui m'a lançé sur la route d'Abel Paulus que Chantal Rizet-Clergue.....

Victor Duruy
.....L'affaire commence au 19è avec la création d'un Ecole Normale à Cluny par Victor Duruy. Pour passer l'agrégation de l'enseignement spécial, les professeurs venaient se former pendant trois ans à Cluny ou la passaient en autodidacte : c'est le cas de Paulus qui la passe à Paris.
Cette agrégation permettaient de travailler en lycée ou en école primaire supérieure.
Mais cette agrégation n'a pas vécu longtemps : 1866/1891. Elle faisait de l'ombre à l'agrégation classique et les agrégés classiques voyaient d'un mauvais oeil que des agrégés "spéciaux" aient le même statut qu'eux. Nous étions alors dans un siècle où le latin et le grec avaient seuls droit de cité... les sciences, les langues vivantes étrangères, la littérature française, bref un enseignement résolument "moderne" n'avaient pas leur place dans cette fin du 19è siècle.
Les agrégés du type "Paulus" étaient traités par les classiques de "bestiaux" et l'enseignement spécial était l'enseignement des "épiciers" ! Il est vrai qu'un agrégé spécial n'avait pas besoin du bac ni de la licence pour passer le concours. Duruy leur donne la possibilité de se glisser dans l'enseignement secondaire par une petite porte et de devenir, selon leur mérite, des professeurs du secondaire.
Les classiques n'ont jamais accepté que de simples primaires puissent se prévaloir du titre d'agrégé de l'Université; bref, la bataille est rude tout au long du siècle...
En 1902, les agrégés spéciaux continuent à travailler, leur statut est revalorisé mais on n'acceptera pas-plus qu'ils enseignent les lettres dans l'enseignement moderne mais seulement l'histoire géographie. L'enseignement des lettres est réservé aux seuls agrégés classiques (car ils savent le latin !!!)
Il y a eu 468 agrégés spéciaux; mon travail consiste donc à connaître leur carrière professionnelle et à voir, entre autres, comment ils se sont inscrits dans le siècle. Certains sont brillants, font de très belles carrières. Le cas Paulus en est un exemple...

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