Sur cette lithographie, Joseph François Louis Deschamps est dit Maître es arts en l'université de Paris, Membre du Collège et Académie royale de chirurgie, Consultant à l'hôpital de la Charité de Paris (détruit en 1935)......
C'est aussi avec ces titres qu'il est cité sur l'acte de mariage de son frère Noël Marin, notre aïeul, qui suite à l'achat du domaine de "La Rivière" en Lavaré (Sarthe) obtint d'ajouter la Rivière à son patronyme Deschamps.
Une modification patronymique qui ne concernait que son frère et descendance, Joseph François Louis resta donc Deschamps ! Curieusement, j'ai peu entendu parler de lui dans la famille et pourtant son parcours est loin d'être banal.
Cette lithographie, en ma possession, m'a amené à souhaiter en savoir plus à son sujet. On disait dans la famille qu'il avait été appelé pour constater le décès de Marat éliminé par la courageuse Charlotte Corday. Si j'en crois les archives et un livre lu , il y a quelques années, il fut, en réalité, le chirurgien qui autopsia le corps de Marat.
Il passe ainsi dans l'Histoire mais pas seulement pour cette intervention, fruit du hasard et des événements de l'époque ! Son parcours est remarquable et je souhaite ici, avec l'aide d'archives, lui témoigner l'admiration de ses descendants et cela bien au-delà d'un fait divers aussi connu qu'il soit ! Joseph François Louis Deschamps naquit a Chartres, le 14 mars 1740. Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, il abandonna une carrière pour laquelle il n'avait aucune vocation et vint à Paris étudier la médecine : il avait alors 19 ans. Les leçons cliniques et les opérations de Moreau lui donnèrent un goût exclusif pour la chirurgie, qui devint l'objet particulier de ses études. Admis en 1764 à cette école expérimentale, le jeune Deschamps y remporta plusieurs années de suite, le premier prix. Il ne tarda pas à être reçu membre du Collège de L'Académie royale de chirurgie. L'année suivante, il obtint la place de chirurgien gagnant maîtrise de l'hôpital de la Charité. Il était depuis longues années uniquement occupé du service de son hôpital et des travaux de cabinet , quand il fut nommé l'un des quatre chirurgiens consultants de l'empereur. Joseph François Louis Deschamps est mort âgé de 84 ans, le 8 décembre 1824, laissant derrière lui de nombreux ouvrages * illustrant tous les progrès qu'il fit faire à la chirurgie du temps. Avec lui dont "nos familles" peuvent être fières, nous entrons dans la lignée des premiers grands chirurgiens à une époque où cette discipline se démarquait des siècles précédents (cf. billet du 8 juin 2013 intitulé "Chirurgiens... et médecins à la rencontre de "nos familles")
Le
10 décembre, l'un des membres de l'Académie royale des Sciences (section de médecine et chirurgie) fera son éloge funèbre :« Joseph-François-Louis Deschamps était né à Chartres, le 14 mars 1740. Son enfance fut si "débile", qu'un médecin d'un grand nom n'avait pas hésité d'annoncer aux parents qu'il ne passerait pas quinze ans !... Après quelques études classiques, il se crut appelé au culte des autels mais un sage ecclésiastique l'en détourna!... Entrainé par l'amour de ses semblables et le besoin de leur faire du bien, il se dévoua alors à la médecine, autre sacerdoce qui réclame aussi de grandes vertus. A dix-neuf ans, il vint à Paris... il aimait à raconter qu'étant un matin sous le portique de l'Hôtel-Dieu, avec quelques-uns de ses condisciples, il s'était tout-à-coup écrié, d'un ton prophétique: « Il faut absolument que je devienne chirurgien en chef de cette maison »...... Dès lors, il fit les efforts les plus persévérants pour se rendre digne d'une place dont le prestige et la supériorité n'avaient rien d'effrayant pour lui .
Depuis longtemps, il amassait des matériaux pour un ouvrage qu'il avait à coeur de publier sur l'opération de la Taille*, qui lui était très familière, et pour laquelle l'hôpital de La Charité avait été jusqu'à lui, une école d'essai et de perfectionnement. Cet ouvrage parut en 1796. C'est ce qu'on a écrit de plus instructif et de plus complet sur la lithotomie*. A la suite du quatrième volume du traité historique et dogmatique de la taille, se trouve un recueil d'observations
sur la ligature des artères principales des extrémités, et spécialement dans l'anévrisme de la poplitée, selon la méthode de John Hunter, que Joseph François Louis Deschamps pratiqua le premier en France, et qu'il a cherché à perfectionner.
Logé dans l'intérieur de l'hôpital et au milieu des misères humaines, quand il avait opposé à celles-ci ses soins, sa sagacité, il venait enseigner, dans de solides écrits, à leur appliquer les puissantes ressources d'un art dans lequel il avait acquis toute l'autorité du talent, de l'âge et de l'expérience.... Il avait remplacé à l'Institut le savant et vénérable Sabatier. Des peines vinrent tout-à-coup l'assaillir, et troubler sa vieillesse, jusque-là si heureuse et si paisible. Sa douce hilarité fit place à une tristesse inquiète, son jugement s'obscurcit, ses idées s'égarèrent, et il tomba dans une situation physique et morale dont le terme ne pouvait arriver assez tôt pour lui. Il est mort le 8 de ce mois, âgé de quatre-vingt-quatre ans et huit mois, laissant un fils qui est docteur de la faculté de médecine de Paris, et qui s'est fait connaître à son tour par un traité sur les maladies des fosses nasales, et par la traduction de plusieurs ouvrages écrits en anglais. » (Source : Gallica "Journal des savants).
Joseph François Louis Deschamps
est inhumé au cimetière du Père Lachaise
(10eme division (5e ligne, AA, 19).
*Terme de chirurgie. Anciennement, "la Taille" était l'opération par laquelle on coupait la pierre trop grosse, après avoir incisé la vessie. Aujourd'hui, on parle de cystotomie, opération par laquelle on extrait un calcul de la vessie au moyen d'une incision faite au col ou aux parois de cet organe.
Bonus : Joseph François Louis eut (au moins) un fils Jacques Louis qui, à son tour se distingua dans la carrière médicale. Il laissa, à son tour, quelques écrits et sur l'un d'eux "Le traité des maladies des fosses nasales et de leurs sinus", j'ai relevé en préface les lignes qu'il a dédiées à son père :
A Mon Père
Chirurgien en chef
de l'Hôpital de la Charité de Paris...
Je devois au meilleur des pères, à l'homme vertueux et savant chez lequel j'ai puisé les principes de l'art que je cultive, l'hommage de mes premiers essais : qu'il le reçoive donc comme un témoignage de reconnaissance, de vénération et de piété filiale !



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