mercredi 14 août 2013

Généalogie pour tous.....



La généalogie n'est plus l'apanage des seniors.....On aurait pu croire la généalogie réservée à quelques retraités qui, demi-lunes perchées au bout du nez, profitent de leur temps libre pour consulter les archives des sombres salles de lecture des préfectures. L'activité n'est plus l'apanage des seniors en quête de loisirs.
 «La population de généalogistes a considérablement augmenté en trente ans. La fréquentation des salles d'archives, souvent bondées, s'en ressent!».
  • Démocratisée, la généalogie est aussi en voie de rajeunissement. Étonnamment, les moins de 35 ans n'ont ainsi rien à envier à leurs aînés, puisque 65 % d'entre eux ont déjà pratiqué une quête plus ou moins poussée de leurs ascendants. Pourquoi cet engouement croissant pour une science tournée vers le passé? C'est qu'à l'heure où tous les ancrages semblent se relâcher, laissant chacun voguer dans des flots d'incertitude, il est difficile de trouver ses marques. Questionnements autour de la religion, remises en cause du politique, les Français ne savent plus à quel saint se vouer. D'autant que notre société mouvante ne leur laisse guère le temps de s'interroger sur ses transformations. «Dans une période où les repères deviennent plus flous, où l'on perd du sens, revenir sur son arbre généalogique est une façon de retrouver de la fixité, confirme Serge Guérin, sociologue spécialiste des seniors et auteur de La Nouvelle Société des seniors. Dans une société où tout va trop vite, on reprend son souffle, on arrête le temps.»

Et la crise économique qui sévit encore n'a rien arrangé à l'affaire. Lorsqu'on est confronté à la sinistrose qui asphyxie l'Hexagone, à un avenir incertain, regarder dans le rétroviseur rassure. «Les Français se vivent dans un moment de recul relatif, voient leur pays comme une puissance en retrait, ajoute Serge Guérin. Ils se tournent vers des périodes plus exaltantes, plus chargées d'histoire.»

  • Déjà, la seconde moitié des années 1970 avait vu apparaître ce besoin de retour aux sources. En étudiant la première augmentation de généalogistes à cette période, on se rend compte qu'elle correspondait à l'arrivée des crises pétrolières, traînant dans leur sillage la première récession économique de l'après-guerre !
  • Plus encore que ses voisins, la France a fait naître ce besoin chez ses concitoyens. «Notre pays a perdu sa ruralité bien avant ses voisins. Exilés de leurs campagnes pour s'établir en ville, les Français ont subi un déracinement familial plus précoce, qui leur a fait perdre la trace de leurs ancêtres plus fortement que les autres.» D'après l'enquête Ipsos, 48 % des personnes interrogées ne sont pas capables de fournir l'état civil d'au moins un de leurs arrière-grands-parents !
  • Autre spécificité nationale, la facilité d'accès aux sources documentaires. La France dispose d'outils incomparables pour effectuer son enquête. Pour consulter les registres, pas besoin, comme en Espagne ou en Italie, d'aller sonner à la porte d'un prêtre de campagne parfois peu disposé à aider les chasseurs d'ancêtres. «A la Révolution, toutes les archives ont été confisquées aux châteaux et églises, pour être classées, regroupées et soigneusement conservées dans chaque département. Et les lois successives ont offert le libre accès à tous les documents de plus de 75 ans». Résultat, le système d'archives français est un modèle du genre. Sans compter le tissu associatif, particulièrement dense….. «Les bénévoles ont fait un travail remarquable de dépouillement systématique. Dès les années 1980, les associations ont travaillé en réseau, édité des bulletins regroupant leurs résultats.»

Le contexte historique n'est pas le seul moteur de cette démocratisation. Depuis quelques années, les nouvelles technologies y ont joué un rôle prépondérant, proposant sur la toile une véritable mine d'informations. 
  • Environ 70 % des départements ont désormais numérisé leurs archives. «Chaque généalogiste peut consulter ces sources officielles sans craindre pour leur fiabilité. Les chercheurs ont aussi mis en ligne leurs arbres, créant de formidables bases de données.».
  • Internet a aussi fortement dépoussiéré l'image jusque-là désuète de la généalogie, lui offrant une seconde jeunesse. «Les accros d'internet sont venus rejoindre les rangs des généalogistes traditionnels. Ce média a amené de plus en plus de jeunes à s'intéresser à leurs ascendants. Beaucoup ont saisi leur patronyme dans un moteur de recherche et se sont retrouvés pris au jeu.»
  • Mais la toile a ses limites. «Les nouveaux généalogistes, souvent jeunes, font preuve de moins de patience. Ils se contentent parfois de recopier des données, sans prendre le temps de vérifier leurs sources», regrette le rédacteur de La Revue française de généalogie.
L'engouement a en outre favorisé le développement d'un secteur marchand plus ou moins fiable. Créé par deux passionnés en 1996, Geneanet, site de partage de généalogies déposées par des chercheurs, met gratuitement à disposition plus de 436 millions de données. Le site est passé de 330.000 visiteurs uniques en 2006 à plus d'un million depuis le début de l'année. Regrettant les dérives de certains concurrents, l'entreprise exhorte ses abonnés à la vigilance. «Parfois recopiée par des collectionneurs d'ancêtres peu scrupuleux, une erreur peut se répandre comme une traînée de poudre, insiste Christophe Becker, son PDG. Nous incitons à associer chaque information à un acte authentifié.»


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