En 1872, il épouse à Fécamp Louise Victoire Malvina Dubois, une jeune fille de Fécamp dont les parents tenaient un gros commerce. Je sais peu de choses de la vie de mon arrière-grand-père avant son mariage. Au fil des actes trouvés, il est dit étudiant en droit, officier (1870), négociant (1872), comptable (1913). Cela peut, faute d'éléments plus précis, illustrer son parcours. Il étudia donc le Droit qui le mena à choisir une activité commerciale peut-être déjà à Fécamp. Une activité interrompue en 1870 pour répondre à l'appel de l'armée et défendre la France. Médaillé de 70, il reprit ensuite son activité de négoce. C'est alors qu'en 1872, il épouse la fille de la "Maison Dubois". Mariage d'amour ou union souhaitée par les parents de Louise Victoire pour que le commerce familial perdure car il semble bien qu'elle était fille unique. Leur acte de mariage (1872) désigne Camille Ludovic comme négociant à Fécamp et plus tard (1913) comme comptable. Entre ces deux dates, Camille Ludovic et Louise Malvina traversent bien des épreuves.....
En 1891, c'est la déconfiture financière totale des Thorel. Jusqu'à cette date, Camille dirigeait à Fécamp "l'ancienne maison Dubois" devenue "Thorel-Dubois successeur", 1, rue des Galeries. Activités: ciments, ardoise, fers, charbons, plâtres et sels, produits céramiques, carreaux du Havre et de Beauvais, tuiles, boisseaux, mitres, tuyaux, etc. Mais Camille, bon époux et bon père, ignorait la gestion !... Cette lacune ajoutée à un manque certain de caractère et à une bonté rarement de mise en affaires, avait conduit l'entreprise au bord de la faillite. Des liens de cousinage proches unissaient Louise à Alfred Dubois de Chefdebien, financier et homme d'affaires richissime. Devant la catastrophe imminente, Louise écrivit à son cousin plusieurs lettres pour lui demander secours "...Je ne sais que devenir, que faire...Pardonnez-moi, mon cher cousin, de vous attrister de mes peines...Ce n'est que près de vous que je puisse prendre conseil et près de mon pauvre père, vous avez promis de veiller sur moi. Guidez-moi, mon cher cousin.......... Mais, au moins, si cela est possible avec votre aide, comme je le crois, il faut sauvegarder l'honneur du nom..."
Fidèle à ses promesses et touché par l'appel de détresse lancé par sa jeune cousine, Alfred paya et ferma l'entreprise. Ancien Maire de Fécamp, ancien député de la circonscription et actionnaire fondateur de "La Bénédictine", il recommande Camille au président de cette Société. Ce dernier propose à Camille un poste dans la Société, d'abord à Fécamp où il sera mis au courant des affaires puis ensuite à Paris.
C'est ainsi que début 1892, Camille, Louise et leurs sept enfants, abandonnent Fécamp pour Courbevoie.....
de gauche à droite... Camille, Louise
... leurs enfants Paul, Philippe, André, Marcel ou Louis et Jacques
... devant Marguerite
Camille et les siens vont y reprendre pied et retrouver une certaine quiétude après les turbulences de Fécamp. En août 1918, Camille séjourne dans le Finistère et il écrit à sa petite-fille Geneviève (ma mère). Il regrette de n'avoir pu aller à Auray où un de ses grands oncles (il s'agit d'Adrien Le Vaillant de La Lande qui y fut fusillé en 1795 après le désastre de Quiberon) est enterré dans la crypte élevée à l'intention de ces martyrs*. Il évoque la vie et les moeurs de la région : "C'était un dimanche, tous les bretons et bretonnes étaient en toilette. C'est assez curieux mais ce n'est rien à côté de ce que c'était autrefois. Pour trouver le vieux breton réfractaire à la langue française, il faut aller dans le fond du Finistère"!!!. Camille regrette que sa petite fille ne soit pas là pour partager leurs belles promenades, sites pittoresques avec un grain de sauvagerie..... "Tu trouverais de belles choses à dessiner". Et il ajoute qu'à Pontlevoy où Geneviève doit être en vacances "...vous avez la satisfaction d'être tranquilles, plus d'alertes et de "canaris" (allemands). Espérons que la guerre sera terminée dans quelques mois". * A la fin du mois d'Août 2007, nous nous sommes rendus à Auray sur le "champ des martyrs" avec trois de nos petits-enfants... Gautier, Baptiste et Emilie. A cette occasion, j'ai publié un billet sur ce blog que vous pouvez retrouver sur l'année 2008 (en mars) et sous le libellé "Le champ des Martyrs".
La tradition familiale disait que Camille avait entretenu une correspondance suivie avec son cousin Guy de Maupassant, ancien élève comme lui, du petit séminaire d'Yvetot, et de huit ans son cadet. Mais plus tard, il l'aurait détruite à cause de la vie "dissolue et scandaleuse" menée par le cousin de son épouse. Dommage !!! Longtemps, ce cousinage ne fut que rumeur puisque personne n'avait retrouvé le lien qui nous unissait à la branche Maupassant. En 2006, après plusieurs années de tâtonnements, j'ai retrouvé ce lien. Le cousinage est bien réel mais il n'est pas du coté Thorel. C'est Louise, l'épouse de Camille qui cousine avec l'écrivain. ce qui n'empêche nullement Camille d'avoir connu Guy au séminaire d'Yvetot et, pourquoi pas, d'avoir rencontré Louise grâce au cousin sulfureux. Mais là, ce ne sont que supputations !
Je détiens encore un extrait d'un journal sans doute communiqué par Paul Thorel et qui trace le portrait de mon arrière-grand-père... le style est, évidemment d'époque... parfois comique en dépit du sujet tant on est dans l'excès !.....
Monsieur Thorel, l'homme distingué, cultivé, laborieux, catholique à la piété vraie, fervente et zélée, fut un père de famille modèle. Qu'il était beau lorsqu'il s'approchait de la Sainte Table accompagné de ses sept enfants ! Son foyer rappelait les Foyers d'antan où le chef était vénéré autant qu'aimé où son autorité était respectée comme l'autorité divine..... Ainsi apparut à Courbevoie, Monsieur Thorel ! Le 1er avril 1894 il fut appelé au Conseil de Fabrique**: il en fit partie jusqu'à sa mort. Lorsque ce beau vieillard à la barbe de neige, sentit ses jambes lui refuser service, il en eut un vif chagrin; il suivait cependant la vie paroissiale avec intérêt, priait et recevait souvent la Sainte Communion. Son âme restait vaillante et sereine... Lorsqu'il vit ses forces faiblir, il défendit à ses enfants d'employer tout moyen médical qui endormit ses douleurs. Ses enfants, dignes de leur père, respectèrent cette courageuse volonté. Parmi ses joies familiales, l'une des plus douces fut de donner un fils à l'Eglise, M. l'abbé Jacques Thorel, 2è vicaire à Puteaux, où son ministère parmi les ouvriers est si apprécié et si fécond. Le 25 avril 1925, Camille reçoit l'extrême onction que lui donne son fils. Muni des Sacrements de l'Eglise, il décède le 17 Mai 1925, dans sa 84è année, en son domicile, 24 avenue de la République, à Courbevoie . C'est encore Jacques qui le 20 mai, par affection pour son vénéré père, célèbre la messe de ses funérailles.
** Conseil de fabrique = désigne, au sein d'une communauté paroissiale catholique, un ensemble de « décideurs » nommés pour assurer la responsabilité de la collecte et l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction ou l'entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse

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