Répondant à mon invitation envoyée récemment à toutes "nos familles", l'un de nos neveux Jean-Claude Boulloud y répond en m'adressant copie du livret militaire de Georges (+2007), son père et frère de mon époux.
"Je te fais parvenir dans cet esprit des documents ( extrait de livret militaire de mon père et lettre aux autorités pour qu’il soit reconnu réfractaire) trouvés à Cernay dans la maison..doc que je ne connaissais pas. Je ne sais si cela peut présenter un intérêt dans ta démarche généalogique. Pour moi cela fut émouvant."
"Je te fais parvenir dans cet esprit des documents ( extrait de livret militaire de mon père et lettre aux autorités pour qu’il soit reconnu réfractaire) trouvés à Cernay dans la maison..doc que je ne connaissais pas. Je ne sais si cela peut présenter un intérêt dans ta démarche généalogique. Pour moi cela fut émouvant."
Et on le comprend bien...la découverte de tout document révélant ou réactualisant un moment de la vie de l'un de nos proches ou l'un de nos ancêtres est non seulement riche d'informations mais un moment d'émotion faisant revivre une page de la vie de celui ou celle dont il est question. Il arrive, très souvent, que cela survient lors de leur disparition lorsque l'on exhume ce qu'ils ont eux-mêmes conservés à titres divers et dont nous n'avions pas nécessairement connaissance.
Le livret de Georges nous invite à rouvrir une page de l'Histoire, celle de la dernière guerre ! Un thème évoqué, à plusieurs reprises dans les pages du Blog. Et tout dernièrement le 4 août dernier pour commémorer la libération de Rennes où je suis née. J'allais avoir 7 ans... (cf."post" du 04/08/2014).
Avec Georges, nous allons évoquer un autre visage de cette guerre : le sort de ces jeunes gens qui, en 1943, furent désignés par les Nazis pour travailler à leur effort de guerre ! Une situation à risques......Ce livret est un témoignage de ce qui fut leur choix difficile...obéir ne serait-ce que pour éviter à leur famille de graves ennuis ou refuser rentrant ainsi dans l'illégalité avec les risques d'être découvert, arrêté et envoyé dans des camps d'où l'on ne revenait pas toujours !
La STO ou Service du Travail Obligatoire s'adressa d'abord exclusivement aux ouvriers. Puis, manquant de main d'oeuvre, les allemands exigèrent du gouvernement de Vichy que ce STO s'élargisse à tous ! le recrutement, de catégoriel, se fera alors par classes d'âge entières : Les jeunes gens nés entre 1920 et 1922, c'est-à-dire ceux des classes « 1940 », « 1941 » et « 1942 » auront alors l'obligation de partir travailler en Allemagne, s'agissant en principe d'un substitut au service militaire. La jeunesse, dans son ensemble, devient dès lors la cible du STO.
Les jeunes concernés sont alors "invités" à se rendre à la Gare de l'Est où des convois les emmèneront en Allemagne. Un certain nombre partiront mais au moins autant se déclarèrent "réfractaires"... Ce fut le choix de Georges et après..... ?
Certains rejoindront alors le "Maquis"... d'autres se cacheront à domicile ou se feront embaucher dans des fermes isolées où ils serviront de main-d'œuvre à des paysans complices...d'autres enfin choisiront de se faire oublier au fond d'une mine exploitée par une société minière. Ce fut le choix final de Georges, sa "Résistance" qu'il explique dans une lettre jointe au Livret et dont voici la copie......
Inscription Académique de Seine-et-Oise.....
Désigné par Munich le 31 mai 1943 par le bureau d'embauche allemand d'Enghien-les-Bains, je ne me suis pas présenté à la Gare de l'Est le 16 juin 1943, jour fixé pour un départ en Allemagne. Pour ne pas me trouver entièrement dans l'illégalité, je suis allé travailler dans une usine de charbon à Roch-la-Molière (Loire)*** où j'ai réussi à me faire embaucher le 11 juin 1943 comme manoeuvre du fond à la Société de Hulster, Faibie et Cie, entreprise de travaux miniers dont le siège est à paris, 39 Avenue Emmanuel III.
Nous étions en 1943, Georges avait 22 ans, il venait d'être reçu au Concours des Impôts, dans l'attente d'un poste et il allait se marier ! En d'autres circonstances, j'aurais pu dire qu'une vie heureuse allait commencer pour eux.....mais nous étions en guerre avec un avenir bien sombre.
Et pour en parler, je reprends quelques notes prises, il y a bien des années, lors d'un échange avec Georges et Claude (+2014) : "Trois jours après le mariage... la mine !... des lendemains incertains ! Claude le rejoignait durant les vacances et se souvenait du petit hôtel où Georges venait la rejoindre : l'hôtel Chirac ! Les choses devinrent plus difficiles quand l'hôtel fut réquisitionné par les Allemands.
Quand son épouse fut enceinte (Jean-Claude verra le jour en juillet 1944), Georges voulut la rejoindre malgré les risques... quand au quotidien les Allemands interrogeaient Claude. Où est votre mari ? Alors arriva ce qui, heureusement, se produisit en ces années difficiles. A coté d'horreurs, de trahisons il y eut des actes de courage, de partage, de solidarité. Le directeur de la sucrerie locale embaucha Georges, le réfractaire, justifiant ainsi sa présence à Us....." . Il y restera, je crois, jusqu'à la Libération. Une fin heureuse d'un quotidien chaotique qui fut celui de tant de familles durant quatre années.
Souvenons-nous !
***Le père de Georges, mon beau-père Emile Boulloud était alors cadre chez "Intrafor", société de forages miniers. Il a des relations avec les sociétés minières. C'est ainsi que Georges part travailler au fond de la mine de charbon à la Roche-Molière près de Saint-Etienne.


2 commentaires:
Très interessant en effet... Coco
Très beau commentaire .. Émouvant pour moi .. Cela a été une belle histoire d'amour qui débutait dans une mauvaise période Marie-Claude
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