samedi 8 juin 2013

Chirurgiens... et médecins à la rencontre de nos aïeux !

J'ai toujours été surprise de trouver dans "nos familles" entre 1600 et 1800 autant de personnes dites "Maître chirurgien ou chirurgien" si bien que j'ai un peu travaillé la question. Difficile de discerner leur statut à travers les actes trouvés aux archives, le terme utilisé est bien vague ! La plupart du temps, je connais peu leur histoire à l'exception de trois d'entre eux : André PHILIPPES qui sera assassiné en 1653 à Châteaugiron (Branche Noury)... André GUINOLAS qui tout officier de santé qu'il était et une belle signature, preuve d'une certaine culture pour l'époque , mourut indigent (Branche Dulac) et Joseph François DESCHAMPS, frère de mon aïeul Noël Marin Deschamps qui, après avoir acquis la Rivière, sera autorisé à l'ajouter à son patronyme. J'ajoute tout de même queJoseph François Deschamps fut chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité (Branche Deschamps la Rivière). Pour l'anecdote, c'est lui qui autopsia le corps de Marat. Je vous en reparlerai...




























Curieusement je me dois d'aborder le sujet en évoquant sous l’Ancien Régime, le terme de "barbier" ! Hé oui, car alors on désignait sous ce terme trois métiers différents : le barbier et le barbier-perruquier, ancêtres des coiffeurs actuels, et le chirurgien-barbier, en charge de la petite chirurgie. Les frontières resteront bien longtemps mouvantes entre ces professions puis progressivement vont se distinguer.Jusqu’en 1714, les barbiers et les chirurgiens sont considérés, en tant que manipulateurs de rasoirs et lancettes, comme faisant partie d’une seule et même profession !... Contrairement aux médecins qui vont à l’université, lisent des livres scientifiques et appartiennent aux arts libéraux, les barbiers-chirurgiens et chirurgiens, jusqu’à leur séparation en 1691, sont des artisans qui n’ont pas suivi d’études ni appris le latin et qui ne font que manier le rasoir et traiter des maladies externes.Les chirurgiens-barbiers ont pour fonction de raser, saigner, purger et soigner les petits maux quotidiens. Pour entrer dans leur communauté de métier, il faut suivre un apprentissage et accomplir un chef-d’oeuvre ?????
Peu à peu la chirurgie s’émancipe. Dès la fin du XIIIème siècle, dans la capitale, certains chirurgiens laissent la "barberie" aux simples barbiers, qui se cantonnent à l’entretien de la barbe, pour ne conserver que la partie chirurgicale de leur travail. Ils se regroupent alors en confrérie, enfilent la robe longue et le bonnet carré, jusqu'alors réservés aux médecins.
Les premières facultés de médecine sont crées comme à Montpellier en 1340... des personnages comme Nostradamus ou François Rabelais la fréquenteront. De son coté en 1554, la faculté de Paris coiffe Ambroise Paré du bonnet de docteur en chirurgie, toujours considéré comme l'un des fondateurs de la chirurgie moderne.C’est le début d’un long conflit entre médecins et chirurgiens, jusqu’à la Révolution qui abolit la séparation entre les deux professions. 
 
De leur coté, par un édit royal de 1691, les chirurgiens obtiennent leur séparation d’avec les barbiers-perruquiers. Les chirurgiens ne peuvent plus avoir de boutique ni pratiquer la "barberie". Cette première reconnaissance de la spécificité de leur métier se poursuit dans la première moitié du 18è siècle, avec notamment la création de l’Académie royale de chirurgie et la maîtrise obligatoire pour les futurs maîtres en chirurgie. Il s'agit d'un édit de 1708 qui crée un corps permanent d'officiers de santé.  Des praticiens plus spécialisés mais en 1780 à la veille de la Révolution..... les chirurgiens constituent un corps encore bien disparate et peu sont passés maîtres. Une minorité d’entre-eux, implantée en ville, présente une culture, un savoir et des tarifs comparables à ceux des médecins.

Mais... à la campagne, la majorité des chirurgiens "restent de légère expérience". Les pauvres des villes et des campagnes ont alors recours à d'innombrables praticiens sans instruction. Faute de médecin, on s'estimait heureux de trouver un chirurgien. Ses études avaient été plus courtes, donc moins coûteuses. Il pouvait pratiquer des interventions sur le corps des patients et il était moins exigeant pour ses honoraires que le médecin. Ils sont proches de leurs clients par le langage (souvent, ils connaissent le patois), leur tenue et leurs moeurs. Mais leurs compétences se résument essentiellement à la lancette (petit instrument à lame plate utilisé pour la saignée et les petites incisions) et au clystère (lavement). 
La très inégale valeur du diplôme de médecin et la patiente progression de la profession de chirurgien aboutirent à la délivrance, à partir de 1727, à Montpellier, d'un diplôme de docteur en médecine et chirurgie, et à la fondation, en 1731 par Louis XV, de l'Académie de chirurgie ...
Mais toujours seules les grandes villes offrent des communautés de chirurgiens suffisamment importantes pour fournir des maîtres capables d’assurer la formation pratique des apprentis.Puis, il y eut la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 et la loi du 15 septembre 1793 supprimant toute école de médecine remettant tout en question !.
L'Histoire avance et une convention nationale, par décret du 14 frimaire an III (04.12.1794), organise le recrutement d'officiers de santé pour le service des hôpitaux et spécialement pour le service des hôpitaux militaires et de la marine. C'est seulement le 19 ventôse an XI (10.03.1803) que Bonaparte décrète l'existence d'officiers de santé civils, praticiens de formation simplifiée et d'activité chirurgicale limitée
Désormais, la loi "permettait à tout citoyen d'exercer la médecine et la chirurgie" sans qu'aucun jury de personnalités compétentes ne puisse évaluer les connaissances de la personne prétendant exercer cet art. De plus, la suppression des collèges enseignants et des facultés faisait disparaître tout enseignement. Les médecins exercent en ville en toute indépendance et sans aucun contrôle.C'est alors que les hôpitaux prennent la relève et petit à petit instaurent externat et internat. Les étudiants en médecine commencent alors à négliger les examens de la faculté pour se consacrer à la préparation de ces concours, synonymes d’élite et de qualité de la formation, préparant à la médecine clinique à l'hôpital. À cette époque, l'hôpital devient prépondérant en termes de prestige sur la faculté de médecine ! La réforme hospitalière du 30 décembre 1958 fusionne la fonction d'enseignement universitaire et hospitalière pour accéder à la médecine que l'on connaît. Je m'arrêterai là !

mercredi 5 juin 2013

Marie-Loïcke et Gaspard.....

 Nous apprenons 
                                    le prochain mariage..... 

de Marie-Loïcke de Sallier Dupin
avec Gaspard Bernard de Courville

La messe de mariage sera célébrée
le samedi 10 août 2013
 à 15 heures 
en l'église de Messac (Ille-et-Vilaine)
      
                                        
                        


Nous adressons nos voeux affectueux
 aux futurs époux







Marie Loïcke, fille de Loïc et Marie-Henriette, née Jourdain de Coutances
..... petit-fille de Xavier de Sallier Dupin et Marie-Antoinette, née de la Monneraye.
..... Xavier, fils de Henri (+1987) et de Anne, née Rabillon (+1977), soeur de mon père Yves Rabillon (+1971)
comme l'illustre l'arbre suivant :


cliquez sur le tableau

lundi 27 mai 2013

Pause Atlantique

Il est bien temps que je partage cette éclaircie (dans tous les sens du terme) avec vous..... Les vacances dites de printemps nous ont réunis sur le rivage de l'Atlantique et dans notre "Pen ti" .
Premiers arrivés sur zone, nous avons été suivi de très près par Céline et sa famille. Christel et son trio nous rejoindra en deuxième semaine ainsi que Corinne et Laurence.
Nous avions quitté une Ile-de-France bien morose pour une fin avril et ce fut une agréable surprise de trouver un ciel lumineux en Morbihan. C'est bon pour le moral comme le dit la chanson..... Un ciel plutôt amical durant notre séjour à l'exception des 1er et 8 mai qui ont fait la tête ! mais si le soleil était des nôtres, les températures resteront bien fraîches pour un mois de mai surtout en deuxième semaine. Il fallait seulement ruser...se mettre à l'abri du vent protégé par une haie dans le jardin ou au creux d'un rocher sur plage. Et vive la sieste !
Ce fut une semaine de possibles barbecues et apéritifs ensoleillés dans le jardin comme en témoignent les photos.....

  De gauche à droite : Emilie, Margaux, Baptiste, Clément,
 Laurence, Gautier,  Michel , Jean-Pierre, Christel 
et Céline.....


 Vla le beau temps ! Zoom sur Christel et Céline.
 Attention aux coups de soleil !!!


Clément et Corinne




Baptiste et sa marraine


 Mais oui, j'ai chaussé mes lunettes de soleil !  


            


 Baptiste très zen !                                                                                                                            


Sirènes intrépides..... dans un océan glacial ! Vous aurez reconnu Emilie et Christel. Généreusement, les coquines ont voulu partager leur bonheur avec moi dangereusement exposée en maillot de bain sur sable doux... le rêve bien sûr ! vous n'en doutez pas. Brrr!

Pas la canicule mais on est cool !
C'est ce que nous disent Emilie, Margaux et Clément ?
avant d'aller déguster une crêpe au sucre au "bus 56" tout proche

Au revoir !
et à bientôt.....
 Chacun a regagné ses pénates en Ile de France retrouvant une météo bien peu aimable pour un mois de mai ! Formons des voeux pour un été chaleureux.....

samedi 25 mai 2013

Une pratique peu courante : l'acte à 1 F.58 centimes !

 En relisant dernièrement, l'acte de naissance de Marie Louise Monpou qui épousera en 1834 Jean Pierre Bressel, union qui donne lieu  pour les générations suivantes aux liens Bressel-Sausse, Sausse-Thorel et enfin Thorel-Rabillon dont je suis issue..... j'ai lu avec surprise que "le present acte a été payé un franc cinquante huit centimes" ! comme vous pouvez le lire ci-dessous !

"Du vingt sept août de l'an mil huit cent douze deux heures après-midi acte de naissance de Marie Louise du sexe feminin née d'avant hier a six heures du matin place d' jouix*  n°14 quartier saint Honoré fille de françois hyppolite Monpou tapissier et de marie jeanne françoise Millet son epouse; premier témoin jacques marie Brenu agé de quarante trois ans professeur de musique cloître Notre Dame n°5; second témoin denis Pinard agé de trente quatre ans sus dit n°2 amis, sur la requisition du père présent qui après lecture faite a signé avec les temoins signé Monpou, Brenu et Pinard constaté suivant la loi par moi Sieur Nicolas Barbier adjoint au maire du 4è arrondissement de Paris et officier de l'etat civil soussigné Barbier délivré par nous maire et officier de l'état civil le present extrait pour lequel il a été payé un franc cinquante huit centimes. Paris le vingt huit aout mil huit cent douze."
* probablement l'actuelle rue de Jouy

C'est bien la première et la seule fois depuis toutes ces années et des centaines d'actes exploités que je rencontre ce cas de figure.Si l'acte était antérieur à la Révolution, j'aurai peut-être pensé que le déclarant (c'était peut-être le cas quelquefois) faisait un petit don au curé mais il serait étonnant que cela ait été mentionné mais ici l'acte est de 1812 !
J'ai consulté plusieurs sites où il est bien dit que la déclaration d'une naissance est un acte gratuit.....  Quelqu'un d'entre vous peut-il m'expliquer cette étrangeté ?.

dimanche 21 avril 2013

François et Marie......


Nous apprenons le prochain mariage
de François Touchard
avec Marie Stolipine

La messe de mariage sera célébrée
le samedi 6 juillet à 16 heures
en l'église Saint Martin de Vicq sur Breuilh (Haute Vienne)


Nous adressons nos voeux affectueux
 aux futurs époux


François, fils de Nicolas et Gwenola, née de Sallier Dupin
..... petit-fils de Xavier de Sallier Dupin et Marie Antoinette, née de la Monneraye.
..... Xavier, fils de Henri (+1987) et de Anne, née Rabillon (+1977), soeur de mon père Yves Rabillon (+1971)
comme l'illustre l'arbre suivant :

cliquez sur le tableau

lundi 15 avril 2013

Laure Decq en famille.....

Allez je me lance ! Il y a bien longtemps que je souhaite évoquer la mémoire de Laure Decq, soeur cadette de ma grand-mère paternelle Caroline Decq qui épouse Vital  Rabillon en 1896. Serai-je à la hauteur pour lui rendre témoignage ? 
Je réponds là aussi au désir de Cécile Bienvenu qui, à plusieurs reprises, m'a demandé de  "me mettre au travail" ! Mais avant d'évoquer la vie de notre grande-tante (dans le billet suivant), la voici "en famille".

Autour de notre grande-tante Laure Decq, en religion Soeur Antoinette, sont réunis trois générations de la branche Rabillon-Decq.....Quelques-uns s'y reconnaîtront, d'autres y retrouveront des visages connus.....
Cette première photo a sans doute été prise fin 1941 ou début 42 lors d'une visite de Laure à Rennes.....
cliquez sur la photo

Dernier rang..... Geneviève Ollivier, née Decq (+2004) 2 ..... Henri de Sallier Dupin (+1987) 2 ..... Monique Bienvenu, née Decq (+2007) 2..... Jeanne Jartel, née Decq (+1970) 1 .....et Marie-Louise Decq (+2006) 2
Rang du milieu..... Anne de Sallier Dupin, née Rabillon (+1977) 2 ..... Xavier de Sallier Dupin 3 ..... Germaine Decq, née Charpentier (+1963) 1 ..... Laure Decq (+1950) ..... Aliette Marical, née de Sallier Dupin (+2005) 3 ..... André Jartel (+2009) 2 ..... Soisik de Sallier Dupin 3  ..... Yves Rabillon (+1971) 2
Premier rang..... Geneviève Rabillon, née Thorel (+1965)
2 ..... Marguerite Decq (+1963) 1 ..... Bernadette Boulloud, née Rabillon3 ..... Henriette Decq (+1958) 1  ..... Marie-Edith Fraisseix, née Rabillon3 ..... Jean-Pierre Huchet 3 ..... Guy de Sallier Dupin 3 .....et Anne-Marie Huchet, née Jartel (+2008) 2 .   

Entre le premier et le deuxième rang à gauche, deux silhouettes que j'ai d'abord eu du mal à identifier. je pense qu'il s'agit de Marie de Caqueray (tout à gauche +1965) et de Laure de Caqueray (+1954) cousines de Laure Decq.

Vous reconnaîtrez le lien avec Laure Decq grâce aux chiffres en rouge :

1 soeurs de Laure Decq ou belle-soeur.
2 nièce ou neveu... nièce ou neveu par alliance
3 petite-nièce ou petit-neveu

Cette autre photo a été prise juste après la guerre 1944 ou 45 ! et toujours à Rennes. Où ? je n'en sais rien... si mes cousins ou cousines s'en souviennent... je prends l'info !


Dernier rang..... Marie-Louise Decq (+2006) 2..... Michelle Lonak, née Decq (+2005) 2..... Guy de Sallier Dupin et ..... André Jartel (+2009) 2.
Deuxième rang..... Bernadette Boulloud-Rabillon 3..... Marie-Edith Fraisseix-Rabillon 3..... Laure Decq ..... Aliette Marical-de Sallier Dupin (2005) 3  et ..... Soisik de Sallier Dupin 3.
Premier rang..... Michel Rabillon 3  et ..... Jean-Pierre Huchet 3  

Les présentations ayant été faites, je vous invite à découvrir l'histoire de Laure Decq dans le post qui suit. Une histoire si riche qu'elle ne peut tenir en quelques phrases. Mais ne lâchez pas le fil, le parcours de Laure en vaut la peine. A travers son chemin, ce sont aussi des fragments de l'Histoire qui sont évoqués. Bonne lecture !

Laure Decq..... Fille de la Charité... Sa vie !


 Laure Decq était la cinquième enfant de Benoît Decq et Marie Caroline née de Caqueray, mes arrières grands-parents. Elle connut une enfance heureuse au milieu de ses neuf frères et soeurs.. Intelligente, sérieuse, douée d'une mémoire extraordinaire, elle fait de bonnes études au "Vieux Cours" à Rennes et passe avec succès son Brevet. On ne visait pas plus haut pour les filles à cette époque ! Dans une ambiance familiale simple et heureuse, Laure acquérait équilibre et bon sens. Dans ce milieu breton, ce qui domine c'est la Foi chrétienne ! Comme sa soeur aînée Marie, religieuse en Angleterre, Laure est bien décidée, dès ses dix-huit ans, elle s'en ira... et ce qu'elle veut, elle le veut bien ! Ses parents diront : "Quand Dieu nous fait l'honneur d'appeler un de nos enfants à son service, nous ne pouvons y mettre obstacle." Quelques jours plus tard, Laure relevait ses lourdes tresses noires, pour commencer son postulat à la maison du Griffon, à Rennes. La séparation d'avec sa famille fut une épreuve pour Laure d'autant que la jeune postulante se livre difficilement. L'isolement dans la vie commune et puis certaines coutumes la surprennent ;  "Baiser terre, c'est malpropre". Pendant plusieurs semaines, elle s'en abstiendra ce qui lui vaudra une prolongation de séjour d'un mois entier au Griffon !
Elle arrive le 22 août 1893 rue du Bac à Paris où l'office du magasin lui échoit. Cette vie recueillie, régulière, c'est ce à quoi elle aspire.  Le travail accompli sans hâte lui convient  mais surtout ce qui la captive c'est le solide, l'évangélique esprit de Saint Vincent de Paul. Août 1894, elle est rue Championnet au n° 8, paroisse de Notre Dame de Clignancourt. Elle y restera près de soixante ans. Laure verra le quartier se peupler, se sur peupler avec ses enfilades de maisons ouvrières ; elle verra la ferme, qui fait face à la Maison des Soeurs, céder la place à une importante école municipale pour filles et garçons et sur les terres incultes de la "zone" Laure verra surgir une couronne immense de "Maisons à bon marché"  aux huit ou dix étages, aux milliers de locataires... Nous sommes dans le dix-huitième arrondissement c'est tout dire à ceux qui l'aiment, s'y dévouent ! Ici, c'est le peuple, énergique, travailleur, pas toujours commode, aimant rire et la bonne chère mais qui a le coeur sur la main. 

On n'est pas très dévot dans le 18è mais on aime les Soeurs, on a confiance dans la "cornette blanche" (immortalisée dans plusieurs films). C'est là qu'en 1880, après la laïcisation de l'école, les Soeurs se sont repliées. Des bienfaiteurs prennent leurs intérêts en mains et bientôt une école est construite grâce, en particulier, au banquier Mûller. Les autres oeuvres : asile, dispensaire, etc. sont dispersées dans des locaux de fortune. Laure qui a pris le nom de Soeur Antoinette se voit confier un cours élémentaire de soixante-dix élèves ! Plus tard, en 1908, elle sera chargée du Cours Supérieur. Il y avait de quoi frémir : préparer au Brevet alors qu'on en a pas appris beaucoup plus que ses élèves. Soeur Antoinette ne recule pas : l'autorité a parlé... "Je tremblais plus que mes élèves, dira-t-elle plus tard !
Appréciée de toutes ses compagnes et l'une des plus jeunes de la Maison, elle sera choisie pour  succéder à la Supérieure de cette Maison après le décès de cette dernière. Discrète, ne se mettant jamais en avant mais faisant toujours preuve d'un jugement droit et juste, ses compagnes plus âgées pensaient certainement que Soeur Antoinette ne changerait rien. Pourtant un rajeunissement, un réajustement s'imposait à la conscience de Laure. Il n'y eut de sa part ni pression, ni ordre, mais petit à petit les choses redevinrent ce qu'elles devaient être. Laure dut faire face aussi à de sérieux revers financiers avec la banqueroute de la banque Müller. Mais sa confiance totale en la Providence lui permit de garder un calme imperturbable. Et, chaque fois que la situation devenait critique, un ou plusieurs dons arrivaient. 

Sa timidité pouvait paraître froideur, sa réserve de l'incompréhension. Peu à peu, l'expérience et sa vertu solide rendirent sa bonté plus expansive, sa compréhension des âmes plus intuitive. Elle vivra toujours dans la plus grande simplicité. En 1912, lors du décès de son père, elle est Supérieure des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul à Paris.
A plusieurs reprises, elle connaîtra des heures tragiques. C'est d'abord une douloureuse anxiété au sujet de sa chère école. Depuis 1904, tous les établissements scolaires libres sont condamnés à plus ou moins longue échéance... Pour les Soeurs, c'est la dispersion qui guette !...: mais le 4 août 1914, la guerre est déclarée, les instituteurs partent au front, les écoliers sont à l'abandon... le décret Marly intervient qui garde à la France toutes les écoles libres existantes. Les classes reprennent donc et pendant quatre ans, la vie se poursuit, à peu près normale, malgré l'angoisse de la guerre. Le 14 mars 1918, terrible explosion ! C'est une grosse usine d'obus qui saute à la Courneuve. Les vitres sont pulvérisées, les châssis des fenêtres arrachés, les murs ébranlés, les écolières affolées... Soeur Antoinette est là, très calme. A sa vue, le silence se rétablit et on descend en ordre dans les sous-sols. Les parents se hâtent de venir chercher leurs enfants et, de ce jour, cherchent à leur trouver un refuge en province, aidés de la "Bonne Mère". Elle-même se préoccupe pour ses cinquante orphelines : quatre jours plus tard, elles partaient pour Betton, près de Rennes,  où elle avait obtenu la jouissance du château de la Hublée.
La même année, Soeur Antoinette sera nommée Visitatrice en Bretagne. Elle craint ce rapprochement avec sa famille. On lui confie alors la Normandie puis  plus tard  la Seine (banlieue Nord) et la Seine et Marne. Toutes les Maisons dépendant de Soeur Decq lui conserveront une confiante affection et une grande reconnaissance.
Le 1er janvier 1926, Laure a soif de s'unir davantage à Dieu et prononce ses voeux dans une absolue confiance. Puis en mai 1934, Laure est nommée Assistante de la Compagnie. En cette qualité, elle se trouva à la Maison Mère. Il lui faut quitter Championnet, souffrance mais Soeur Antoinette est disponible pour remplir pleinement son devoir, non seulement à la Maison-Mère, mais partout où l'envoie l'obéissance. De violents  remous politiques agitent l'Europe. En 1935, la Turquie proscrit le costume religieux : c'est l'expulsion ou la laïcisation. Grave et douloureux problème que le Saint Père solutionne : on ne peut abandonner chrétiens et néophytes. Les Soeurs doivent, non pas se laïciser, mais porter l'habit civil, ce qui est bien différent. En 1936, c'est d'Espagne qu'arrivent d'effrayantes nouvelles : églises pillées et brûlées, couvents dévastés, prêtres et religieux emprisonnés ou martyrisés. Les Filles de Saint Vincent protégées par le prestige de leur charité ont pu continuer leurs oeuvres mais la situation devient intenable, périlleuse. Soeur Antoinette est envoyée à Marseille pour accueillir ses compagnes  et les réconforter avant de les ramener vers la Maison-Mère.....
En 1937, son triennat d'Assistante s'achève et le 26 juin 1937, elle est de retour à Championnet. En trois ans bien des choses ont évolué. La nécessité d'un second centre religieux s'impose. Il faudra, en ces temps troublés, l'audace et l'optimisme du Cardinal Verdier pour bâtir l'église. Sainte Hélène qui sera un des quatre vingt-dix "Chantiers du Cardinal". Au retour de Soeur Decq, l'église est terminée, la vie paroissiale constituée, assurée par un Curé et deux vicaires. Les seconder, c'était le devoir des Soeurs. Le quartier est des plus déshérités...: la zone, un bidonville, bâti sur les anciennes fortifications... Ce sera le champ d'action des Soeurs, de la rue des Poissonniers à la Porte de Clignancourt et de celle-ci à la Porte de Saint-Ouen. Elles y auront d'abord une pauvre baraque pour y accueillir les enfants puis petit à petit des dons afflueront de partout, des bonnes volontés se manifesteront qui viendront en aide aux Soeurs. Une baraque plus vaste est construite qui accueillera dispensaire, patronage et chapelle ! Mais à présent cela fait trois paroisses à desservir dans ce 18è. On se croirait au temps de la primitive église. Des religieux, des prêtres venus d'ailleurs apportent leur concours. 
Mais bientôt, c'est la guerre... Mars 1940, des avions survolent Paris. Sans attendre, les internes sont mises en sûreté. Mais que d'enfants tremblent au son de la sirène. Où leur trouver un refuge ? Après bien des recherches, un grand hôtel à la Bernerie (Loire-Inférieure), vide de baigneurs recevra volontiers les petites parisiennes. Deux cent fillettes des différentes paroisses quittent la capitale. Pendant six mois, elles oublieront bombardements et restrictions alimentaires. Au retour, Soeur Antoinette ne sera pas là pour les accueillir.
Le 13 mai 1940, les Soeurs de Paris et de la Banlieue sont convoquées à Paris pour élire une nouvelle Supérieure Générale. Le scrutin donne pour Mère à la Communauté "Soeur Laure-Marie-Joseph Decq, . Un des premières missions de la nouvelle Supérieure Générale sera l'accueil aux réfugiés. Les camions arrivent au 140 de la rue du Bac avec des femmes, des enfants, des bébés, des vieillards, tous perdus, affolés, ne sachant où aller. Un centre est organisé où "les cornettes" accueillent ces malheureux. D'autres centres ouvriront dans les différentes Maisons et les Soeurs seront présentes sur les quais des gares de l'Est et du Nord. La situation de la France s'aggrave de jour en jour, l'armée allemande fonce sur Paris..... Alors survient l'inévitable quand on sait que l'une des Soeurs de Paris, Soeur Hélène *, aidait des prisonniers ou des enfants juifs à s'évader. Soeur Antoinette le savait couvrant les activités de la première. Elle avait pleinement conscience de  l'épée de Damoclès sur sa tête mais jamais ne se départira de sa sérénité habituelle.
Le 11 février 1943, elle est arrêtée par la Gestapo. Il fut un temps où personne ne savait où elle était et quand elle reviendrait si elle revenait ?  Quelques lignes parues dans la "Semaine Religieuse" en 1950, apporteront quelques précisons sur une Résistante, fille d'officier, Fille de la Charité...Depuis le début de l'année 1943, un réseau de surveillance se resserrait autour de la Maison Mère des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul. La Gestapo voulait à tout prix connaître la résidence de celle que tout le monde alors connaissait sous le nom de Soeur Hélène *, la Soeur Hélène qui avait aidé à l'évasion de nombreux prisonniers français incarcérés en Allemagne dont celle du Général Giraud. et d'un certain François Mitterand ! Recherches et interrogatoires restants infructueux, Soeur Decq, fut arrêtée comme responsable le 11 février à 9 heures du matin.
Elle était emmenée, le jour même, dans une auto fermée, sous la surveillance d'un agent de la Gestapo pour une destination inconnue. Arrivée à Sarrebrück en pleine nuit, elle fut emprisonnée. Après d'humiliantes formalités, n'ayant pris aucune nourriture depuis le matin, elle fut conduite et verrouillée dans une étroite cellule. Pendant quarante sept jours, elle fut gardée au secret, sans travail, sans messe, sans communion, livrée à ses propres pensées, mais plus encore livrée à son Dieu "dont elle ne sentit jamais si fortement la présence", dira-t-elle plus tard. Seuls les interrogatoires coupent ces longues heures de solitude, interrogatoires serrés et terribles, dont elle ne parlera, plus tard qu'avec un frisson et la terreur au fond des yeux. Souffrance morale indicible... Si la prisonnière refuse de donner l'adresse de Soeur Hélène, non seulement elle s'expose à la mort mais la Communauté entière en subira les conséquences : arrestation des Supérieures locales (déjà quatre arrestations ont eu lieu), toutes les Soeurs de moins de quarante ans emmenées en Allemagne... Soeur Decq garde un sang-froid admirable. Elle répond clairement, prudemment, mais que d'angoisses secrètes : chaque mot peut avoir une telle répercussion.
Jours et nuits sont troublés par de terribles bombardements. La D.C.A. se trouve juste au-dessus de sa cellule, la prison est secouée, les prisonniers enfermés à double tour. Le 29 mars, la porte de la cellule s'entr'ouvre: Est-ce un nouvel interrogatoire? Est-ce la mort? "Vous êtes libre!" C'est l'agent de la Gestapo, celui-là même qui a procédé à son arrestation. "Je vais vous conduire à Metz en voiture, pour vous éviter toute fatigue et vous procurer une compagne de voyage." Il semble troublé, honteux et murmura comme adieu: "Priez pour moi !".  Six ans plus tard, le malheureux devait être fusillé. Le 30 mars les portes de la chapelle de la rue du Bac s'ouvraient pour accueillir celle qui, le corps meurtri par la douloureuse épreuve, mais l'âme sereine et forte, revenait parmi ses compagnes.
Le 14 juin suivant, son premier triennat achevé, Soeur Antoinette était réélue à l'unanimité.  Aux oeuvres habituelles s'ajoutent désormais les oeuvres de guerre : bléssés à panser, poste de secours à assurer de jour et de nuit, sinistrés à accueillir, morts à identifier et ensevelir après les bombardements, ouvroirs de guerre à diriger, enfants à convoyer, visite des prisonniers quand elles obtiennent l'autorisation de la Kommandantur. La Maison de la rue Championnet sera gravement bombardée dans la nuit du 20 au 21 avril 1944. Elle abrite cette nuit-là dix-neuf soeurs, quatre postulantes, les employées et quelques grandes internes. C'est le bombardement de la gare de la Chapelle transformée en dépôt de tanks. Le préau de l'école flambe, le dispensaire s'effondre, le troisième étage de la maison est soufflé. Le sol tremble... aux premières explosions, toutes sont descendues dans les sous-sols. Projetées violemment les unes contres les autres, étouffées par le soufre, aveuglées par la poussière et la fumée, on prie ! Quelques heures plus tard, Soeur Antoinette accueillera et réconfortera les rescapées avant de se rendre sur place pour constater l'anéantissement de son cher Championnet.
Il est d'usage que la Supérieure se rende à Rome au début de son généralat pour recevoir la bénédiction du Saint Père. Compte-tenu des événements, elle n'eut cette grâce qu'en février 1946. Puis le 10 juin de cette même année, une nouvelle Supérieure venant du Brésil sera élue.  Quelle sera sa prochaine mission ? Sa surprise est grande, c'est à l'Hospice Sainte-Marthe du Vatican que l'obéissance l'envoie. Elle a près de soixante-dix ans, n'a jamais résidé à l'étranger, ne sait pas un mot d'italien. Elle y  restera peu d'années. Sa santé n'est pas brillante. On s'inquiète de son amaigrissement. Elle change à vue d'oeil. Et la Supérieure Générale, lorsqu'elle vient à Rome, comprend aussitôt la nécéssité de la rappeler en France. Rue du Bac, on l'attend. Son aspect est navrant ! N'est-ce pas la conséquence de son emprisonnement ? Peut-être mais on pense aussi à l'implacable maladie de Parkinson. Cependant sa netteté d'esprit, son incroyable mémoire, sa bonté... rien de cela n'est atteint et elle veut servir sa Communauté "jusqu'à la fin". Laure retrouvera Paris et son quartier de Clignancourt. Ce n'est plus hélas ! la chère vielle Maison de la rue Championnet, anéantie en avril 1944. Mais la Maison revit à un petit quart de là au 47, rue Montcalm dans un immeuble.. Et c'est là que le 2 octobre 1947, Soeur Antoinette est installée comme Soeur Servante. Heureusement, tout est de plein-pied ce qui lui permet de présider tous les exercices de la Communauté, se déplaçant en poussant une chaise devant elle. Elle a beaucoup de visites et tant qu'elle pourra le faire, elle sortira dans le quartier ou rendra visite à la Maison-Mère.
Laure, en religion Soeur Antoinette ou encore Soeur Decq,  Laure est pieusement décédée le 13 février 1950, munie des Sacrements  de l'Eglise dans la 76è année de son âge et la 57è de sa vocation. En recommandant aux prières des fidèles l'âme de Mère Laure Decq, la "Semaine Religieuse" soulignait les épreuves qu'elle avait subies, pendant l'occupation et sa déportation en Allemagne, son silence héroïque qui révélait sa noble origine : fille d'officier, Fille de la Charité.
Je me souviens, petite fille, après la guerre l'avoir vue à deux reprises lors de visites à Rennes. Des visites qui donnaient lieu à un grand rassemblement familial autour d'elle. J'étais très impressionnée par celle qu'on appelait Tante Laure ! Elle apportait, avec elle, toutes sortes d'objets ou de petits vêtements qu'elle mettait en loterie. Je suppose que ses frères et soeurs, neveux et nièces étaient invités à lui acheter des billets pour cette loterie familiale dont le profit devait aller à ses oeuvres. C'est ainsi que, petite fille, j'ai "gagné" un chemisier vert clair (je m'en souviens encore, chemisier dont la taille était celle d'un adulte. Qu'est devenu le chemisier, je n'en sais rien !


* Ma cousine Cécile Bienvenu-Decq  a rencontré, rue du Bac à Paris, soeur Claire Hermann en charge des archives de la Congrégation. Elle a ainsi appris que Soeur Hélène Studler a eu des funérailles nationales mais Tante Laure est restée très humble et discrète sur sa mission. Cécile a pu voir le portrait de Tante Laure dans la salle des archives avec celui des autres supérieures. Il n’est pas impossible, ajoute-t-elle que la fille de Gérard Oury ait quelques infos (cf. le film « la grande vadrouille »).