mardi 21 juillet 2015

Le 14 juillet.....1789-2015 !

Vous avez peut-être ou sûrement visualisé le défilé du 14 juillet...Je ne suis pas "accroc télé"  mais c'est un événement que je manque rarement !
Et c'est toujours avec beaucoup d'émotion que j'entends "La Marseillaise" même si je reste mal à l'aise avec "qu'un sang impur abreuve nos sillons"... Peut-être plus émue encore par "le Champ des partisans" qui me replonge dans mon enfance et la guerre, chant que l'on écoutait clandestinement sur les ondes de la BBC ! Enfin, le défilé me remet en mémoire d'autres défilés comme ceux des écoles privées suivis peu après (ou avant) par celui des écoles laïques.  Grande était notre fierté ce jour-là de défiler dans les rues de Rennes derrière une "musique"jusqu'au stade pour participer à un spectacle...Ils n'existent plus aujourd'hui ! J'aime voir défiler "nos grandes écoles" fierté de la France tout en regrettant d'y voir les jeunes filles souvent remises au derniers rangs !!! mais encore qu'on mette en avant les jeunes qui donnent un peu de leur temps au "service civique" et les militaires blesés en intervention. Ce n'est que justice !
Et puis, cette année, la remarque d'Emilie (13 ans) m'a fait réfléchir..."qu'est-ce que c'était la Bastille". Margaux qui avait étudié le sujet l'a éclairé. A partir de là, une question s'est posée à moi "quelle place la Bastille a-t-elle encore aujourd'hui" dans nos commémorations ? J'ai recherché l'Histoire du 14 juillet et je vous invite à la relire avec moi. Si la Bastille reste l'événement fondateur, notre fête nationale a porté bien d'autres symboles au cours des siècles...comme aujourd'hui !

HIER.....

Chaque année depuis 1880, la République fête la Nation au milieu du mois de juillet. Que célèbre-t-elle exactement ?  Evènement révolutionnaire ou révolte d'Ancien Régime ? La Bastille occupe une place particulière dans notre imaginaire ! Forteresse, prison symbole de l'arbitraire royal en matière de justice, lieu des supplices dont auraient été victimes des condamnés non identifiables, symbole de la tyrannie, la liste est longue...
 Pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille, La Fayette incite à organiser une fête nationale, proposition acceptée par l'Assemblée qui veut que ce jour du 14 juillet fête l'unité de tous les Français et qui restera dans l'Histoire sous le nom "Fête de  la Fédération":
100 000 Parisiens y participeront au Champ-de-Mars le 14 juillet 1790 mais l'enthousiasme disparut lors de la suivante en 1791. Au cours des siècles suivants, les célébrations épousent les enjeux et caractères des différents régimes politiques avec parfois des dates différentes: fête de l'Empereur sous Napoléon, fête du roi sous la Restauration. Les républicains ne contrôlent l'ensemble des institutions qu'à partir du début de l'année 1879.
L'enracinement de la République s'affirme enfin ! Et au final les politiques se mettent d'accord: C'est bien la Révolution française qui doit fournir ce repère de la Nation. La fête nationale se fêtera désormais et toujours le 14 juillet !...


La distribution des drapeaux, 14 juillet 1880
Si le choix de la date fut au coeur de discussions pendant des décennies, le lieu fut aussi longtemps interchangeable. Le Champ de mars laisse la place à l'hippodrome de Longchamp en 1880. C'est alors que la fête civique du 14 juillet devient une étape importante dans la construction du lien entre l'armée et le peuple. Le 14 juillet sera désormais une fête patriotique, républicaine et laïque...avec défilé et fanfares ! Les retraites aux flambeaux, des feux d'artifice font leur apparition.
Le 20è siècle laissera dans l'Histoire quelques 14 juillet particulièrement marquants comme celui de 1919, nommé "fête de la victoire" après l'austérité de la guerre de 1914-1918. Dans le même esprit, le 14 juillet 1945 sera précédé par trois jours de réjouissances civiques. En 1958-1959 ce furent les 14 juillet de l'indépendance et de la puissance...Ces 14 juillet seront les premiers au cours desquels la France fera défiler ses armes lourdes. Le défilé devient une vitrine pour montrer la puissance militaire française.
Les présidents de la Ve République apporteront quelques modifications au déroulement de la journée. Pour renouer avec la tradition du Paris révolutionnaire, de 1974 à 1979, le lieu de célébration du défilé varie : Bastille-République...cours de Vincennes... Champs-Élysées...École militaire...Champs-Élysées...Champs-Élysées !
Depuis 1980, les Champs-Élysées sont redevenus le cadre du défilé.
Le 14 juillet 1989 a été un moment fort de la célébration du bicentenaire de la Révolution française. De nombreux chefs d'Etat étrangers ont pu assister notamment à "la Marseillaise", spectacle de Jean-Paul Goude.
Le 14 juillet 1994, l'Eurocorps participe au défilé de la fête nationale française sur les Champs-Élysées à Paris. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des soldats allemands défilaient en France, sous le signe de la "réconciliation franco-allemande" opérée dans le cadre européen.


ET AUJOURD'HUI ? le 21è siècle.....



Le 14 juillet connaît toujours un grand succès. A Paris, le traditionnel défilé militaire sur les Champs- Elysées fait l'objet d'une préparation minutieuse. Partout en France se déroulent bals, illuminations ou feux d'artifice.
En 2007, pour la première fois, des soldats des 27 pays européens défilent. En 2009, la République de l'Inde est le pays invité d'honneur des cérémonies du 14 juillet. Le défilé militaire est ouvert par un détachement de 400 officiers, sous-officiers et soldats de l'Armée de Terre, de la Marine et de l'Armée de l'Air indiennes. En 2010 quatorze pays africains, qui ont été dans leur histoire associés à la France et qui célèbraient cette année là le cinquantenaire de leurs indépendances, ont été les invités d'honneur des cérémonies du 14 juillet.

14 juillet 2015
Désormais, chaque année, un pays étranger est l'invité d'honneur de la France pour les fêtes du 14 juillet...... cette année le Mexique.  Plus encore remarquées les unités anti-terrorisme qui sont intervenues courageusement en janvier dernier.  

"La France accueille le monde"
signe d'espérance et volonté de fraternité


vendredi 10 juillet 2015

Les perles des archives n°1.....Mendiant(e)

Cela fait longtemps que je souhaite partager avec vous quelques perles récoltées au hasard de mes recherches dans les archives...


Il m'est arrivé de voir passer un acte de décès où il était précisé "Mendiant » ! Très surprise, j'ai fait des recherches. "Mendiant" au 16è ou 17è siècle ne signifie en aucun cas retraité et n’est pas non plus synonyme de vagabond.

Autrefois, il n’y avait ni Sécurité Sociale, ni caisse de retraite ; nos ancêtres travaillaient très au-delà de 60 ans... quand ils le pouvaient. Par exemple, une veuve, tout en conservant son domicile, et bien qu’ayant des enfants, mais très pauvres, pouvait être amenée à mendier pour pouvoir survivre.

Une maladie, une mauvaise récolte pouvaient très rapidement faire basculer la vie d’un ancêtre proche de la misère, et le transformer en mendiant.

Plus qu’une profession à proprement parler, il s’agissait d’une activité, reconnue, qui permettait à la personne de vivre ; souvent parce que sa condition ou sa santé ne lui permettait plus de travailler, et qu’elle se trouvait seule.

On trouve même parfois des testaments passés par des mendiants, voire quelques contrats de mariage entre mendiants..... Etonnant !

Toutefois, cela semble démontrer que les mendiants n'étaient pas rejetés comme ils le sont de nos jours. Ils vivaient certainement une vie très précaire mais accompagnée dans leur village ou sur la route !


mardi 23 juin 2015

Etienne Vital Rabillon et L'Ecole Centrale d'Ille-et-Vilaine

J'ai trouvé, sur la bibliothèque généalogique, l'histoire de l'Ecole Centrale de Rennes où mon tri-aïeul Etienne Vital Rabillon reçut la chaire d'Histoire en 1798... On y lit1 :

"A la chaire d'Histoire, le jury donna comme titulaire Etienne-Vital Rabillon, sergent au 2é bataillon de la 142è demi-brigade... Ce ne fut pas l'un des moindres mérites du jury de découvrir ce laborieux jeune homme de 29 ans dont la carrière universitaire devait être particulièrement brillante puisqu'on le rencontre en 1811 comme professeur à la Faculté des lettres de Rennes....."

Cela nécessite un petit retour en arrière ! (cf. le post édité le 28/01/2008 sous le titre "Etienne Vital Rabillon, une histoire étonnante"). En voici un court résumé...
 
Né à Piolenc (84) en 1769, il fait de brillantes études chez les Oratoriens d'Avignon. Ses classes terminées, il lui faut choisir une carrière. Ses parents voulaient faire de lui un médecin. Il suit quelque temps les cours de la Faculté (Aix sans doute) mais à la première dissection, il renonçe !... A 18 ans, Vital quitte sa famille... sans doute à la suite d'une violente dispute avec son père ayant trait à son refus de faire médecine. Un ami l'engage à s'embarquer avec lui à Marseille sur le navire dont son père avait le commandement. Par suite d'un malentendu, le projet échoua... quand Vital arrive, le navire venait de partir ! Il travailla alors dans l'imprimerie et ce, dans plusieurs grandes villes du Midi... Il était à Bordeaux lorsque éclate la Révolution et la levée de 1793. C'est là qu'il s'engage dans les armées de la République. D'ailleurs avait-il le choix ? Son régiment est dirigé vers la Vendée ! Il fera donc la terrible guerre dont il gardera un affreux souvenir. Les scènes sanglantes auxquelles il se trouva mêlé lui inspirèrent une profonde horreur pour la Révolution. Puis son régiment passa en Bretagne et occupa Rennes fin 1793, début 94. Après le 9 thermidor, l'adoucissement relatif de la Convention permit de s'occuper à nouveau de choses anéanties par la Révolution. On ouvre à Rennes une bibliothèque...composée du fonds confisqué de la bibliothèque des avocats au Parlement de Rennes auquel on ajouta les ouvrages ramassés dans les pillages des châteaux, les biens des émigrés ou autres... Dans cette nouvelle bibliothèque, Vital prenait ses moments de loisirs. Le principal responsable, un certain Mainguy, ancien abbé et ancien professeur au Collège Royal remarqua ce sergent qui passait de longues heures à lire dans le texte grec, Homère, Platon, Hérodote, etc. Survint alors la paix de Bâle (1795) qui permit de renvoyer une partie de l'armée.  On lui proposa de concourir pour une chaire d'Histoire qui venait d'être fondée à l'Ecole Centrale. Cet acte décida de sa destinée et le fixa pour toujours à Rennes où il épousa en une jeune Rennaise en 1804.

Et c'est là que se greffe le document de la bibliothèque généalogique2.....

Auteur : Pierre Ricordel
La loi réorganisant en France l'enseignement secondaire attendue partout avec impatience, fut enfin votée le 7 ventôse III (25/02/1795). Elle prescrivait, « pour l'enseignement des lettres, des sciences et des arts », l'établissement d' "écoles centrales ». Cette loi dut soulever à Rennes un vif intérêt. Ville administrative et universitaire,elle avait été atteinte par les bouleversements de la Révolution et avait demandé, à plusieurs reprises, un centre d'éducation nationale ! Demandes restées sans réponse quand fut promulguée la loi instituant les écoles centrales. Il fut décidé que cette école serait placée dans les bâtiments de l'ancien collège des Jésuites chassés par la Révolution ! Mais les difficultés matérielles se présentèrent...le bâtiment était totalement délabré et l'argent manquait. Ce n'était pas tout ! Les militaires, dont la 142è demi-brigade d'Etienne Vital, s'étaient installés un peu partout dans cet ancien collège. L'autorité militaire qui voulait en faire une caserne restait sourde à la réclamation de l'autorité civile...!

 
Enfin le 3 brumaire IV (25/10/1795), l'Assemblée promulgua la loi établissant une "Ecole Centrale" dans chaque chef-lieu de département. Etienne Vital fut chargé de la chaire d'Histoire et entrait ainsi dans la carrière. Le jury fut encore heureux de retrouver le concours de quelques professeurs laïcs de l'ancien collège qui avaient du cesser leur enseignement sous la Terreur. Ce fut l'exemple du célèbre jurisconsulte Lanjuinais qui avait échappé à la guillotine.
La situation matérielle de ces valeureux professeurs n'eut toutefois rien de bien enviable : très mal payés, parfois logés dans des bâtiments délabrés...Seuls les honneurs leur étaient offerts: premières places dans les fêtes et dispense du service de la garde nationale ! 

Mais la médaille a son revers. Une grande partie de la population rennaise, restée farouchement hostile au nouveau régime, avait vu d'un très mauvais oeil I'installation à Rennes d'un établissement lié à la Révolution. Secondée par le clergé, qui voyait dans l'Ecole centrale une œuvre essentiellement laïque et anticléricale, elle ne ménagea pas ses attaques et les professeurs, au début surtout eurent beaucoup à souffrir de cette sourde hostilité. Ils durent sans cesse lutter contre leurs détracteurs et le ministre de l’intérieur dans une circulaire du 06/09/1797 écrit : « On s’est attaché dans le premier moment à combattre les écoles centrales avant de constater ce qu’elles pouvaient faire. On doit savoir gré aux professeurs de n’avoir ralenti leur zèle, ni par le défaut des moyens qui a trop souvent arriéré leus faibles traitements… »
Entre tous... 
les professeurs de l’Ecole Centrale de Rennes2
 dont Etienne Vital Rabillon 
méritaient cet éloge !

J'ajoute que, si je connaissais son parcours d'enseignant, j'ignorais qu'il avait enseigné dans les bâtiments qui sont toujours ceux d'un Lycée et devant lesquels il m'est arrivé bien souvent de passer. De l'autre coté de la Vilaine était toute proche la Faculté des Sciences que j'ai fréquenté.

  1- "Le Collège de Rennes depuis le départ des Jésuites, et 1'Ecole centrale d'Ille-et-Vilaine" (1762-1803) de Pierre Ricordel.
2 - En 1802, le Lycée remplacera l'Ecole centrale et les premiers lycéens feront leur rentrée en 1803.