François Louis Hyppolite n'avait pas trois ans que le génie de la musique s'emparait de lui. A cinq ans, enfant de choeur à Saint-Germain l'Auxerrois, avec sa voix "argentine"et sa grâce d'enfant il grandit entre chants sacrés et accord de l'orgue. A neuf ans, il entre dans la maîtrise de Notre-Dame et avide de savoir, il étudia vite et bien. Il entre ensuite à l'Ecole d'Alexandre Choron et à seize part à Tours, organiste de la cathédrale.
Quand Choron crée en 1828 "L'Institution royale de musique classique et religieuse", il fait naturellement appel à Monpou. Mais jouer en public ne va pas de soi. Hippolyte doit combattre sa timidité. C'est vers cette époque qu'il fait ses premiers pas dans la musique profane. Entre musique sacrée et musique profane, la révolution de 1830 tranchera. Le mouvement romantique fait une entrée tumultueuse sur la scène culturelle. Hippolyte rallie ce mouvement et compose la musique de "l'Andalouse" sur des paroles d'Alfred de Musset. Le succès est instantané et immense mais, en même temps fait scandale auprès des mères de famille !... Monpou devient le musicien romantique, ami de Victor Hugo, Alfred de Musset, Alexandre Dumas ou Théophile Gautier. Son nom devient populaire comme ses oeuvres suivantes qui des salons étaient passées dans la rue sans parler de la province ou de l'étranger qui applaudirent le jeune compositeur. Travailleur acharné, Monpou multiplie les créations dont "Gastilbeza" en 1840 qui trouvera en moi un écho !!!!! J'ai beaucoup entendu parler de lui par ma mère qui reprochait à Brassens d'avoir emprunté la musique de son arrière grand-oncle en se l'appropriant. Et il est vrai que lorsqu'on interroge Internet, concernant "Gastibelza" on trouve mentionné bien plus souvent Brassens que Monpou ! J'ai donc souhaité en savoir plus car "fan" de l'ami Georges, le reproche de ma mère ne collait pas avec le profil que je conservais du poète.
En 2004, j'ai eu la réponse...en dénichant sur Google une communication d'un groupe de l'université de Jussieu intitulé "Variation sur une guitare de Hugo.....", texte qui mentionnait à plusieurs reprises Monpou. Plusieurs mois après, le groupe Jussieu en la personne d'Arnaud Laster m'a répondu "Hippolyte Monpou a bien composé un "Gastibelza" sur la "Guitare" de Hugo, avant Litz et Brassens. Cette chanson obtint un grand succès au 19è siècle et lorsque j'ai présenté sur France-Culture les oeuvres de Litsz inspirées par Hugo, j'ai fait enregistrer le premier couplet de la chanson de Monpou. Il ne me semble pas que Brassens s'en soit inspiré... " Justice lui est rendue !
Retour sur la carrière d'Hippolyte...Travailleur acharné, il multiplie les créations et renouvelle les thèmes. Encouragé par les succès qu'il rencontre dans la romance, il se décide à aborder la scène théâtrale. Et dès 1835 à l'Opéra Comique, il fait représenter "Les Deux Reines" de Frédéric Soulié, peut-être sa plus remarquable partition. Suivront d'autres compositions mais là le succès ne sera pas toujours au rendez-vous ! à l'exception en 1840 de la dernière oeuvre de Monpou "Jeanne de Naples" qui remportera un vif succès auprès du public en dépit d'une critique sévère !.....Les difficultés rencontrées lors de la représentation de "La chaste Suzanne" dont les représentations furent arrêtées, en dépit de son succès, par l'Académie royale de musique au prétexte que cette pièce appartient au genre du "Grand Opéra" auront des conséquences sur la santé de Monpou mais pas seulement !
En 1841, il conclut un contrat draconien avec Eugène Scribe pour mettre en musique "Lambert Simmel". Le thème historique, dans la tradition de Walter Scott se prêtait bien à l'imagination de Monpou. Mais les conditions imposées par l'Opéra-comique étaient draconiennes : obligation de livrer la partition fin du mois d'août sous peine d'une lourde pénalité. Hippolyte avait la réputation de respecter ses engagements, il travaille jour et nuit... mais une maladie de l'estomac ou de l'intestin se déclare. Il demande un sursis qu'on lui refuse ! L'impitoyable Opéra-comique envoie des huissiers..... Malade, désespéré, il veut revoir la ville de Tours où il avait connu les premiers éloges et la conviction du talent qui les obtient. En vain sa femme et son médecin le supplièrent de ne pas entreprendre ce voyage dans l'état de faiblesse où il se trouvait. Mais il voulait partir !...On a plusieurs versions de ce voyage et du séjour à ou près d'Orléans où il serait arrivé le 9 août. L'histoire familiale dit qu'il aurait trouvé refuge chez un ami à la Chapelle- Saint-Mesmin à 6 kms d'Orléans. Son état s'aggrave, il est hospitalisé. Un prêtre fut appelé et Hippolyte se prépara à quitter cette terre et plus encore sa femme, sa fille dont il emportait le bonheur et la fortune.
14 Août 1841... et toujours dans la presse, je relève "...Les obsèques de feu notre collaborateur Hippolyte Monpou ont eu lieu à Saint-Roch à Paris. Une foule d'artistes....et d'amis dévoués assistaient à cette triste cérémonie. On a exécuté une messe en musique.....on s'est rendu ensuite au cimetière du Père-Lachaise, où quelques discours ont été prononcés sur la tombe du défunt." Et en décembre de la même année... "un grand concert vocal et instrumental sera organisé par l'épouse de notre infortuné collaborateur, mort à la fleur de l'âge et de ses succès. On y entendra plusieurs artistes connus comme Masset pour la partie vocale. Messieurs Herz, Rosellen et M!le Anna Monpou,sa fille composeront la partie instrumentale. On y exécutera plusieurs des plus remarquables compositions d'Hippolyte..."
Dans cet article, j'avais relevé avec curiosité le nom d'Anna qui, si l'on en croit l'article, accompagnait la musique paternelle. J'ignorais qu'elle fut elle-même musicienne. D'elle, je connais peu de choses hormis son mariage avec un monsieur Pelletier et un fils qui serait mort en Algérie en 1883....peut-être là quelques pistes encore à suivre pour en savoir plus sur la descendance éventuelle de notre parent.
La tombe d'Hippolyte est au Père Lachaise. En 2004, le service du cimetière, répondant à ma requête, écrivait "Monsieur Hippolyte Monpou a été inhumé dans la concession n°200CC de 1841, située dans la 58ème division, 1ère ligne face à la 59ème division et 17ème tombe à partir de la 4ème division."
Enfin, Hervé-Martin Bordighoni, parent de la famille Chamonin à laquelle nous sommes également liés par les Monpou a trouvé dans un guide du cimetière du Père Lachaise l'inscription qui, semble-t-il, avait été souhaité par Hippolyte pour être inscrite sur sa tombe.....
« On jette enfin de la terre sur la tête, et en voila pour jamais"
Sur la photo de la tombe qui m'a été envoyée en 2004 par Michèle Letenneur , bénévole de l'Entraide généalogique de Paris, on remarque qu'elle est fleurie. Michèle m'a confiée alors qu'elle l'était régulièrement ! Par qui ?...des admirateurs fidèles ou des descendants d'Hippolyte que je n'ai pas encore retrouvés.
Le grand apport d'Hippolyte Monpou à la musique du 19è siècle est d'avoir conféré ses lettres de noblesse à la romance, genre jusque là stéréotypé et souvent mièvre. Pour mieux comprendre la portée de cette innovation, il faut se souvenir que durant la première moitié du 19è siècle, la musique vocale avait les faveurs de la classe dirigeante. C'est alors qu'intervient une jeune génération de compositeurs emmenée par Hector Berlioz et Hippolyte Monpou avec dans leur sillage Henri Duparc, Victor Massé et beaucoup d'autres qui feront évoluer la romance vers ce que l'on appellera "mélodie". Et ce petit groupe imposera la mélodie comme un genre "noble" au même titre que la musique dite "classique". Le recours aux poètes romantiques sera leur outil de choix. La transition de la romance à la mélodie ne sera pas facile, ainsi qu'en témoigne le long travail de Berlioz sur "La Captive" et dans le cas de Monpou, les critiques qu'il a souvent subies.
Il appartiendra aux poètes de rendre justice à ce pionnier méconnu de la mélodie. On peut citer Verlaine qui s'écria.....
" Laissez-moi retourner
au Victor Hugo de Pétrus Borel et de Monpou"

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